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Travailleurs agricoles saisonniers (1)

Lu sur le site de "La Provence" le 3 juin 2020..

 

Un foyer de Covid-19 est apparu entre Noves et Maillane :

202 personnes ont été dépistées, mille au moins vont suivre

 

Par Julie Zaoui et Delphine Tanguy  La Provence 3 Juin 2020.

 

Les travailleurs contaminés sont employés par une entreprise espagnole de fourniture de main-d'œuvre. Ils sont sud-américains ou africains. Photo illustration lp

 

Georges Julien, le maire de Noves, a appris la nouvelle d'un cluster de Covid-19 sur sa commune... Par la presse. Lors de la publication d'un communiqué de la préfecture des Bouches-du-Rhône. "L'ARS m'a appelé dimanche à 12 h 45 pour me signaler que des tests allaient être faits, en m'indiquant un rappel lundi. N'ayant aucune nouvelle j'ai contacté le maire de Maillane où d'autres tests avaient eu lieu. Lui pensait que les résultats ne seraient connus que mercredi ! Et là, on apprend les choses comme ça ! L'État, vraiment, est incompétent, en dessous de tout !"

L'information de la préfecture n'est tombée en effet qu'hier... Soit après quatre jours d'investigations, de tests, de mises en quatorzaine, avec la présence visible des brigades sanitaires de l'ARS, parfois des gendarmes, des sapeurs pompiers. Hier, à la veille d'au moins 1000 nouveaux dépistages virologiques allant être réalisés dans un secteur englobant aussi St-Martin de Crau, chez des maraîchers, arboriculteurs et melonniers, les services de l'État, avertis par l'ARS, ont signalé à la mi-journée 202 personnes testées auprès de populations d'ouvriers agricoles, et des résultats faisant apparaître 30 cas positifs. Pour le moment. Car hier on attendait au moins les résultats de 20 tests.

Alerte donnée par les pompiers

Les pompiers auraient fait remonter des informations pendant tout le week-end, concernant des ouvriers agricoles présentant des symptômes ou cherchant à être dépistés. L'hôpital d'Arles, avec 6 cas détectés et deux personnes hospitalisées hier, alors que la situation était revenue au calme, et les centres Covid démantelés, a contribué aussi à faire passer le message à l'ARS. Ces faisceaux ont entraîné des dépistages massifs à Maillane chez un producteur de fraises et à Noves, chez un maraîcher.

Mais les informations, depuis jeudi, ont aussi circulé chez les exploitants agricoles, employant ou non ces ouvriers arrivés d'Espagne. Se répandant entre stupeur et inquiétude.

Selon la préfecture, et d'après les déclarations de détachement effectuées par les exploitants agricoles faisant appel aux ouvriers, certains individus positifs étaient sur le territoire dès janvier, mais d'autres sont arrivés après le 20 mai. Quand le secteur a crié son manque de bras ! Et qu'un protocole a été établi par l'État avec des règles strictes d'accueil.

Établir la réalité des déplacements

L'ARS, face à ce genre de situation, a mis en place un dispositif de contact tracing qui, par le biais d'un questionnaire, d'une brigade spécialisée, va éclairer sur les déplacements et les échanges entre individus. Désormais, une des missions de l'ARS est d'établir la réalité des déplacements des personnes dépistées... ou qui devront l'être.

Car pour ces ouvriers agricoles, accueillis en l'espèce sur deux sites, souvent en chambres collectives, les choses se corsent aussi avec les conditions d'exercice des missions. Il a en effet été établi que ces salariés pouvaient travaillaient sur plusieurs lieux à la fois depuis qu'ils sont arrivés. Les perspectives de contamination deviennent donc assez larges au gré des déplacements, souvent dans des véhicules collectifs.

Les premiers éléments recueillis indiquent que ces travailleurs sont employés par une entreprise espagnole de fourniture de main-d'oeuvre, sous la forme de prestation de service international en Espagne, et avec des certificats de travail. Ils sont sud-américains ou africains.

Au-delà de l'identification des cas contacts, l'isolement a été organisé pour certaines personnes testées positives.

Ainsi, dans un camping de Noves, qui n'était pas forcément le premier lieu de résidence des patients testés positifs, c'est la moitié de la capacité qui est désormais réservée à l'accueil de 10 cas de Covid +. L'entourage étant, là aussi, en quarantaine. Une situation compliquée pour un professionnel du tourisme qui, espérait, c'est légitime, goûter à la reprise sans encombre.

Une montée progressive

La montée en puissance a été progressive avec les tests virologiques. De deux patients Covid dans une même société à l'orée du week-end férié, le nombre de cas détectés a fait des bonds de dix en dix, après un dépistage dans un mas des Alpilles, puis l'arrivée des renforts des marins pompiers de Marseille et des pompiers du Sdis 13. Hier des médecins et des biologistes espéraient qu'une campagne encore plus importante de dépistage soit engagée. "Les 3 000 à 4000 personnes arrivées avec cette société espagnole devraient toutes être dépistées et le plus rapidement possible..."

Beaucoup de questions alimentent les discussions se teintant d'inquiétudes. Plus que les ouvriers agricoles eux-mêmes, c'est le respect du protocole d'arrivée, avec les mises en quatorzaine qui préoccupe. A-t-il été respecté ? Quel est le degrés de transmission entre les ouvriers agricoles, les exploitants, voire les consommateurs ? Un rebond dans les Bouches-du-Rhône dont le monde agricole se serait certainement passé en pleine reprise.

Des étrangers à la merci de sociétés opaques

"Sauvez nos récoltes", imploraient dès la fin mars les agriculteurs provençaux. En raison de la crise sanitaire et de la fermeture des frontières, on manquait alors en Paca, pour cueillir fruits et légumes, de 10 000 paires de bras. Si des milliers de Français, solidaires des paysans en galère, avaient spontanément répondu à l'appel, peu ont tenu : pour un Smic horaire, le travail est "trop pénible, trop physique", concédait Alexandre Tourette, qui n'a pu les retenir ce printemps sous ses cerisiers de Venasque (84). De fait, la main-d'œuvre, dans le maraîchage, reste majoritairement étrangère : depuis la mi-mai, le gouvernement a donc assoupli le passage aux frontières de saisonniers venus d'Espagne, du Portugal ou des pays de l'Est.

La plupart arrivent en France via des contrats établis pour quelques mois, par des agences d'intérim, notamment espagnoles. Peu regardantes sur les droits des salariés, celles-ci les font "tourner" d'une exploitation à l'autre, où ils vivent quasiment coupés du monde et sont soumis à des cadences infernales : jusqu'à 7 jours sur 7. Ces sociétés très lucratives, au fonctionnement opaque, se nomment Laboral Terra, Terra Fecundis... et leurs noms résonnent de plus en plus dans les tribunaux français. La première est ainsi assignée le 16 juin devant le tribunal des prud'hommes d'Arles par d'anciens salariés marocains ; la seconde devra répondre, devant le tribunal correctionnel de Marseille, de graves entorses au droit du détachement : avec 112 millions d'euros de cotisations sociales non-versées, c'est tout simplement la plus grosse affaire de dumping social jamais jugée en France.

"Abus de vulnérabilité"

Un "système collectif et organisé" avait été mis au jour, en 2017, par le Comité opérationnel départemental anti-fraude du Vaucluse (Codaf), avec l'aide du Groupe national de veille d'appui et de contrôle de la direction générale du travail.

Dans douze exploitations du Vaucluse et des Bouches du Rhône, "une violation manifeste et organisée" des droits fondamentaux de l'être humain, principalement des saisonniers sud-américains et marocains, de graves "abus de vulnérabilité" avaient été constatés. Beaucoup étaient logés dans de véritables taudis.

Alors, que le Covid-19 puisse aujourd'hui se propager aisément parmi ces "damnés de la terre" n'étonne guère Franck Ariès, à la CGT d'Avignon, un syndicat qui les épaule depuis des années : "Le plus souvent, ils sont contraints de vivre dans des conditions de promiscuité et de salubrité insupportables", relève-t-il.

"On veut être transparents"

À la fois président de la FDSEA des Bouches-du-Rhône et de la Chambre départementale d'agriculture, Patrick Lévêque le sait : pour toute la filière fruits et légumes, la découverte de ce cluster parmi ses salariés "invite à prendre le taureau par les cornes" pour "rassurer" grand public et employés et, tout simplement, sauver la saison. Le syndicat agricole, qui avait manifesté pendant le confinement pour une ouverture dérogatoire des frontières aux saisonniers étrangers, va "proposer aux exploitants" de faire tester leurs personnels cette semaine.

"Nous avions déjà fait connaître le protocole sanitaire aux sociétés, qui s'apprêtaient à recevoir des saisonniers étrangers. Ils devaient être munis d'un certificat de négativité au virus, assure encore M. Lévêque. Les exploitations doivent le respecter tant sur le site d'exploitation, par des prises de température par exemple, que dans les logements" proposés aux salariés. Il concède cependant que le mode d'hébergement collectif se prête peu aux mesures de distanciation sociale. "Mais au premier signe, fièvre, malaise, les employeurs doivent signaler leur salarié et l'inviter à se faire tester", insiste le patron de la FDSEA. Qui se veut "rassurant" néanmoins : "On a 130 clusters en France, ce n'est pas si étonnant qu'on en ait chez nous aussi."

 

A lire sru ce sujet : "Une saison en enfer"

 

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Commentaires

14.06 | 07:34

Bonjour à tous. Les commentaires de ce Blog sont limités à 160 caractères. Pour donner votre avis plus longuement, envoyez un mail à : transhumances13@gmail.com

...
13.06 | 07:16

mmo po

...
06.04 | 12:01

Merci

...
14.01 | 15:14

Oui, Marie-Thérèse, ii y en aura.
Bonne journée

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