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Vingt-sixième dimanche du Temps ordinaire (B) : 30 septembre 2012
Raymond Gravel, prêtre

 Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Nb 11,25-29
2ème lecture :  Jc 5,1-6
Évangile :  Mc 9,38-43.45.47-48

Toujours accueillir, jamais exclure…

Dimanche passé, on était invité à accueillir le petit, le faible, le pauvre, l’enfant, et à se faire serviteur de tous. Aujourd’hui, nous sommes invités à ne pas exclure celui ou celle qui vit l’évangile autrement et qui ne fait pas partie de notre groupe, de notre Église. Il n’est plus question de réserver Dieu à quelques-uns, à des élus, à des élites. Il n’est plus question de fixer Dieu à une religion, à un groupe, à un sacerdoce, à une Église. Il n’est plus question de s’enrichir pendant que des pauvres sont dans la misère. Dès qu’on vient à Dieu, à sa Parole, dès qu’on adhère à l’enseignement du Christ de l’évangile, l’Esprit crée du neuf, de la nouveauté, et rien ni personne ne peut l’en empêcher.

L’évangile de ce dimanche nous dit trois choses :

1.       Personne n’est propriétaire de Dieu ou du Christ. « Jean, l’un des Douze (donc un apôtre, un évêque, un dirigeant, un responsable de l’Église), dit à Jésus : ‘’Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent’’ » (Mc 9,38). L’évangéliste ne dit pas : Il ne fait pas partie de ceux qui te suivent, mais bien nous suivent. Quelle prétention! Ce n’est plus la foi au Christ qui compte; c’est la foi aux apôtres que Jean revendique. Une parole comme celle-là s’actualise facilement aujourd’hui. Les dirigeants de l’Église du 1er siècle ressemblent étrangement aux apôtres d’aujourd’hui et aux responsables de notre Église.

Quand du haut de notre grandeur, on dit que le monde est en perdition, parce qu’il a délaissé l’institution de l’Église, on s’approprie Dieu comme s’il nous appartenait. Et pourtant, nos sociétés dites laïques qui s’inspirent des valeurs chrétiennes d’ouverture, d’accueil, de respect, de dignité, d’égalité, de tolérance et de justice, sont plus proches de Dieu et de sa Parole que nous le sommes nous-mêmes. Personnellement, lorsque j’entends certains dirigeants d’Église condamner les personnes qui se portent à la défense des homosexuels, des divorcés-remariés, des femmes qui ont subi un avortement, des blessés de la vie, je me dis : « Pour qui se prennent-ils? Ils ressemblent étrangement aux apôtres de l’évangile qui veulent empêcher les gens d’agir au nom du Christ ».

Malheureusement, trop longtemps, dans l’Église, on a décidé pour Dieu, en imposant aux croyants des doctrines, des principes, des règlements qui ont favorisé beaucoup plus l’injustice, l’exclusion, l’intolérance, l’inégalité… En faisant passer la doctrine avant l’évangile, on a perdu les fondements mêmes de notre foi chrétienne qui doit s’exprimer par le respect de l’autre, l’accueil inconditionnel, la justice, l’égalité, l’ouverture, la tolérance, le pardon, la miséricorde, l’amour gratuit, la dignité de tous, la confiance et l’espérance. L’évangile doit précéder toutes les doctrines; sinon, ce n’est plus l’évangile. C’est le Christ qu’il faut suivre et non pas les apôtres. Les apôtres doivent nous conduire au Christ. Et si la doctrine crée des exclus, il faut l’abolir, la modifier, l’adapter.

Déjà, dans l’Ancien Testament, on savait que Dieu n’appartient à personne. Dans l’extrait du livre des Nombres qu’on a aujourd’hui, Moïse trouvait que sa charge était trop lourde, d’autant plus que le peuple chialait tout le temps. Moïse forme donc un conseil de sages, 70 personnes, qui sont invitées dans la Tente de la Rencontre, le temple, l’Église de son temps, pour une célébration de la Confirmation où l’Esprit de Dieu leur sera donné, afin qu’ils deviennent des prophètes et qu’ils puissent partager la tâche de Moïse. Mais voilà, que 2 des 70 ne se rendent pas à la célébration; il s’agit d’Eldad et de Médad; ils restent chez eux. Mais voilà que l’auteur du livre des Nombres nous dit qu’eux aussi ont reçu l’Esprit de Dieu, même s’ils n’étaient pas présents à la célébration de la Confirmation. Alors, Josué, le serviteur de Moïse, intervient : « Moïse, mon maître, arrête-les! » (Nb 11,28). Comme si Dieu ne pouvait pas donner son Esprit, sans passer par l’autorité de Moïse. On sait la réponse de Moïse : « Serais-tu jaloux pour moi? Ah! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes! » (Nb 11,29).

2.       Travailler pour le Christ, c’est le suivre. La réponse de Jésus à l’apôtre Jean : la personne qui travaille pour moi « ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi; celui qui n’est pas contre nous est pour nous » (Mc 9,39-40). La réponse du Christ à l’Église d’aujourd’hui est la même qu’à Jean : la famille reconstituée, le couple divorcé-remarié qui éduque leurs enfants, selon les valeurs évangéliques, travaillent pour le Christ; ils sont Église eux aussi. L’homosexuel qui s’engage, au nom de sa foi chrétienne, à rendre le monde plus juste et plus fraternel, travaille pour le Christ; il est Église lui aussi. Le prêtre qui vit une relation amoureuse et qui remplit bien son ministère, travaille pour le Christ; il est Église lui aussi. Les femmes qui ont été ordonnées prêtres sur un bateau et qui sont au service de leurs communautés chrétiennes, travaillent pour le Christ; elles sont Église elles aussi. Alors, pourquoi exclure ces gens-là, sous prétexte qu’ils ne suivent pas les règles qu’on s’est données. Ce ne sont pas les règles qui priment… L’essentiel, c’est de suivre le Christ.

Il se peut même que ces gens-là soient plus prophètes que ceux qui le sont officiellement, selon les règles de l’institution. C’est la 1ère lecture qui nous dit ça. L’auteur du livre des Nombres précise, en parlant des 68 personnes qui se sont rendues à la célébration pour être confirmées : « Dès que l’Esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas » (Nb 11,25b). Au fond, ce n’est pas parce qu’ils ont suivi les règles et répondu aux critères de sélection, qu’ils deviennent automatiquement prophètes. C’est par leurs actions qu’on reconnaît les vrais prophètes. Et c’est encore vrai aujourd’hui. Il y a des couples reconstitués qui sont plus signes d’amour que des couples mariés qui sont encore ensemble mais qui ne s’aiment pas, comme il y a pleins de gens qui s’engagent sur le plan social et qui sont plus chrétiens que bien d’autres qui vont à l’église tous les dimanches. Je me souviens des propos des juges de la Cour Suprême du Canada lorsqu’ils ont rendu leur décision concernant le mariage gai… Leurs propos étaient beaucoup plus proches de l’évangile que ceux qui venaient du Vatican. C’est incroyable! Mais c’est la réalité!

3.       Mise en garde aux dirigeants d’Église. L’évangéliste Marc fait une mise en garde à celui qui rejette, condamne, exclut un petit, un pauvre, un blessé de la vie. Cette mise en garde concerne d’abord les dirigeants de l’Église, puisque ce sont eux seuls qui peuvent rejeter, condamner et exclure les petits; les chrétiens ordinaires n’ont pas ce pouvoir-là : « Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer » (Mc 9,42). C’est assez dur comme sentence! C’est la manière forte des Hells Angels. Si on l’appliquait aujourd’hui, je pense qu’on serait surpris de voir certaines personnes dans le fond de l’océan.

Et là, Marc nomme trois membres qui peuvent nous servir à remplir notre mission ou qui peuvent nous nuire et nous empêcher de l’assumer : la main, le pied et l’œil…

-  La main : pour partager ou pour garder.

-  Le pied : pour aller vers les autres ou pour s’arrêter et ne plus avancer.

-  L’œil : pour voir l’autre, s’ouvrir à sa réalité, l’accueillir et communiquer avec lui ou bien l’œil pour se fermer à l’autre, le juger, le condamner et l’exclure.

Ce que Marc nous dit au fond, c’est que si ces membres ne nous aident pas à remplir notre mission, il vaudrait mieux les perdre pour ne pas nous perdre nous-mêmes.

En terminant, un mot sur la 2ème lecture aujourd’hui, la lettre de Jacques, où l’auteur nous dit de faire attention à la richesse : celle-ci peut nous fermer sur nous-mêmes, nous empêcher de partager, nous rendre injustes envers les autres et nous rendre indifférents à la détresse et à la misère des autres : « Des travailleurs ont moissonné vos terres et vous ne les avez pas payés; leur salaire crie vengeance, et les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du Seigneur de l’univers » (Jc 5,4). « Vous avez recherché sur terre le plaisir et le luxe, et vous avez fait bombance pendant qu’on massacrait des gens » (Jc 5,5). « Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous résiste » (Jc 5,6).

Et pour finir, je voudrais simplement vous partager la réflexion de l’exégète français, Jean Debruynne : « Immédiatement, le groupe des Apôtres, par la bouche de Jean, réclame la propriété exclusive de Jésus. Ils veulent l’exclusivité des droits d’auteur sur les faits et gestes de Jésus. Ils prétendent être les seuls à pouvoir donner le passeport, la carte d’identité chrétienne. Jésus, au contraire, leur annonce la dépossession. Vouloir prétendre enfermer l’évangile, c’est vouloir l’empêcher d’être l’évangile. L’Esprit de Dieu est libre. Personne ne pourra l’obliger à suivre la voie hiérarchique. Le souci des Apôtres est d’exclure. Celui de Jésus est d’appeler et d’ouvrir ».

 source: http://www.culture-et-foi.com/

 

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Commentaires

17.09 | 09:10

la réponse m'arrive aujourd'hui… Je connais toutes ces filles… et son garçon. Je ne savais pas laquelle était malade… merci. Je pense qu'elle est en bonne voie

...
17.09 | 08:56

Caroline.

...
13.07 | 10:38

quelle est le prénom de la fille de Monique ?e lire les dernières nouvelles ! garder le moral, c'est la moitié de la guérison. facile à dire pas à faire

...
18.06 | 13:58

Merci, Marie-Thérèse.
Compte-rendu de l' A.G. prochainement ici.

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