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Eva Joly : "J'apporte du sang neuf"

Après François Hollande, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou, Eva Joly répond aux questions de La Vie. Sur l'euthanasie, le Vatican, etc., les propos de la candidate d’Europe Écologie-Les Verts risquent de surprendre jusque dans son camp.

Eva Joly, le 2 mars dernier, dans un bureau de l'Assemblée nationale © Mélanie Frey pour La Vie

Eva Joly, le 2 mars dernier, dans un bureau de l'Assemblée nationale © Mélanie Frey pour La Vie

 En entrant en campagne, Nicolas Sarkozy a affirmé ses valeurs : responsabilité, autorité, travail. Quelles sont les vôtres ?

Liberté, égalité, fraternité. Cette devise est la plus belle du monde. Elle ne trouve pleinement sens que dans une philosophie de la solidarité en actes. Vous savez, j’ai grandi après la guerre, dans une société norvégienne très égalitaire. À mes yeux, ce qui compte, c’est le -collectif. Pour avancer réellement, il faut que personne ne reste au bord de la route. Pour moi, il n’est pas -possible d’être heureux si vous êtes entourés de pauvres.

(...)

Être une femme, cela change-t-il la donne ?

Oui. Les femmes subissent toujours les effets du patriarcat. À mon époque, être une femme, dans la magistrature, n’était plus exceptionnel. Toutefois, aucune femme remarquable n’était présidente de tribunal ou procureur de Paris. Aucune ne parvenait à crever le plafond de verre. C’est que des lois non écrites régissent la vie de nos élites : les hommes médiocres réussissent toujours mieux que des femmes brillantis-simes. Je le regrette. Le modèle français demeure une citadelle sexiste, un club de mâles dominants où l’on n’entre que par cooptation. Ce modèle doit être déconstruit pour redistribuer les pouvoirs. En ce sens, l’aspiration féministe ou les mouvements réclamant une meilleure représentation de la diversité rejoignent l’impératif démocratique.

(...)

Comment êtes-vous devenue écologiste ?

Par l’action contre l’injustice Nord-Sud. Les multinationales pillent notre monde et des hommes sans scrupule accaparent des parts énormes de la richesse mondiale. Je l’ai vu de mes yeux, comprenant comment fonctionnaient la Banque mondiale, le FMI, l’aide au développement. En 2007, les écologistes sont venus me chercher. La rencontre entre l’écologie, la lutte contre les paradis fiscaux et l’injustice Nord-Sud a été fulgurante. Depuis lors, je porte la volonté d’élargir l’horizon de l’écologie à la question de la lutte contre la corruption et la domination de la finance.

(...)

Vous avez dit que vous subissiez le mépris de la "vieille femme".

C’est un peu vrai, non ? J’ai voulu dire par là que la femme ménopausée n’existe pas dans notre société. Il y a une date de péremption pour les femmes qui n’existe pas pour les hommes. Plus généralement, les critiques me concernant sont d’autant plus vives que je ne corresponds pas aux canons habituels des responsables politiques. Nous vivons dans un paysage politique fossilisé. Les hommes qui se disputent la présidence étaient actifs il y a 25 ou 30 ans, ils sont du XXe siècle avec des solutions du XXe siècle. En tant que candidate de l’écologie, j’apporte du sang neuf, malgré mon âge.

(...)

Le pape a écrit un texte sur l’écologie spirituelle. Quel regard portez-vous sur ce genre d’intervention ?

Je suis attachée à la séparation du spirituel et du temporel. Mais je veux raconter ce qui suit. Pendant sept ans, de 2002 à 2009, j’ai travaillé pour l’agence norvégienne de développement. J’y ai acquis la certitude que les paradis fiscaux sont une source de malheurs multiples. Je désespérais que ma dénonciation soit entendue, y compris par le président de la Banque mondiale. Au final, j’ai été invitée par la commission Justice et paix, au Vatican, en 2006. J’ai pris la parole devant les cardinaux. J’ai été écoutée comme jamais. Ils m’ont assurée que la lutte contre les paradis fiscaux ferait partie de la doctrine sociale de l’Église. J’ai vérifié : c’est désormais le cas.

(...)

Une parole dans la Bible rejoint-elle votre pensée en matière d’écologie ?

Je n’ai pas lu la Bible depuis bien longtemps, mais toutes les incitations au respect de l’autre et à la modestie rejoignent ma pensée. Quand je vois les attaques contre les Roms, la stigmatisation des étrangers, l’indifférence aux maux des plus pauvres, je me dis qu’une parole de l’Évangile « Ce que vous faites aux plus petits des miens, c’est à moi que vous le faites » pourrait cependant être méditée avec profit par les responsables politiques.

Vous vous êtes prononcée en faveur du mariage des couples homosexuels. N’y a-t-il pas une contradiction à être antilibérale sur le plan socio-économique et libérale sur les questions de mœurs ?

Absolument pas. La question n’est pas d’être libérale, mais d’être juste. Ma boussole, c’est le respect des individus et de leurs droits fondamentaux. Comment peut-on interdire d’aimer ? Ce qui me guide, c’est de contribuer à soulager la souffrance inutile. Pour le comprendre, il faut rencontrer des jeunes homosexuels jetés dehors par leurs parents qui ne supportent pas leur sexualité.

Sur la fin de vie, EE-LV s’est prononcé pour le droit à mourir dans la dignité et au moment où la personne le souhaite. Est-ce votre position ?

J’ai été l’épouse d’un médecin pendant 34 ans. Il était dévoué à ses patients et supportait mal leurs souffrances. C’est difficile de réglementer dans ce domaine à 100 %. Il faut considérer les choses au cas par cas. Le matérialisme est tel dans notre société qu’il faut se montrer très prudent. Les vieux peuvent avoir l’impression d’être gênants pour leurs enfants, qu’ils coûtent cher. Ma position personnelle sur le sujet est plus prudente que celle du parti. Je suis pour un soutien plus actif aux soins palliatifs. En 1988, ma belle-mère était mourante en même temps que ma mère. Ma belle-mère n’était pas bien traitée dans les hôpitaux français, le personnel n’avait aucun égard pour elle. Nous avons dû la garder chez nous. Quant à ma mère, elle était dans un service de soins palliatifs en Norvège. Nous étions accompagnés dans la dignité. Il faut respecter les êtres jusqu’aux dernières secondes.

(...)

Retrouvez l'intégralité de notre interview d'Eva Joly dans l'édition papier de "La Vie" à paraître le 8 mars.

A lire aussi, nos interviews d'autres candidats :

> Jean-Luc Mélenchon : "La foi est une brûlure"
> François Bayrou : "
Je ne doute pas"
> François Hollande : "
Je veux restaurer une solidarité intergénérationnelle"

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Commentaires

13.07 | 10:38

quelle est le prénom de la fille de Monique ?e lire les dernières nouvelles ! garder le moral, c'est la moitié de la guérison. facile à dire pas à faire

...
18.06 | 13:58

Merci, Marie-Thérèse.
Compte-rendu de l' A.G. prochainement ici.

...
12.06 | 09:26

Bon courage pour l'ag...
je n'avais pas pris le temps de regarder à fond le site de TRANSHUMANCES !
chapeau !... la vie continue.

...
19.04 | 09:47

Bonne idée, Monique. On va tâcher de le faire vite ! Martine

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