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Voter en catholique ?

Par Philippe Clanché

Voter en catholique ?
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La question des « points non-négociables » sur lesquels les catholiques doivent se prononcer au moment de voter ne fait pas l’unanimité au sein de l’Église.
 
 
À la veille de tout scrutin important, de nombreuses organisations de la société civile mettent en avant leurs priorités afin de peser sur les candidats et d’orienter le choix de leurs membres. Les catholiques français l’ont toujours fait, même si l’épiscopat se garde bien de s’engager en faveur de tel ou tel candidat. 

Comme souvent, c’est autour des questions de morale personnelle et familialeque les voix explicitement catholiques se font particulièrement entendre dans le débat public. On évoque alors volontiers la notion de « points non-négociables ». 

Cette notion est par exemple explicitée dans un discours prononcé par Benoît XVI le 30 mars 2006. Le pape y présentait précisément « trois points non-négociables par l’Église et les catholiques dans leurs rapports avec les responsables politiques » : la « protection de la vie à toutes ses étapes » (refus de l’IVG et de l’euthanasie), la « reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille » (couple homme-femme) et la « protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants ». 

Or, parmi les propositions de François Hollande à l’élection présidentielle, on peut lire : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable […] puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité » et « J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels ». 

Conséquence logique pour certains : un bon catholique ne peut choisir un tel président dont les propositions contreviennent à deux des trois points évoqués par le pape.

CONVICTIONS CATHOLIQUES

Conscients des limites de leurs interventions dans le champ miné de la politique, les évêques français (qui encouragent les laïcs à investir ce terrain) évitent pourtant de s’en tenir là. Dans un document de référence publié en octobre dernier,Élections : un vote pour quelle société ?, le Conseil permanent de l’épiscopat réaffirme les convictions catholiques sur nombre de débats en cours dans la société : économie, environnement, immigration… Mais il précise les con­ditions d’un choix électoral : « Un vote ne peut être simplement dicté par l’habitude, par l’appartenance à une classe sociale ou par la poursuite d’intérêts particuliers. Il doit prendre en compte les défis qui se présentent et viser ce qui pourra rendre notre pays plus agréable à vivre et plus humain pour tous. »

Pour le cardinal Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, les choix politiques « peuvent être éclairés et soutenus par des références chrétiennes. Mais elles ne peuvent assurer une légitimité exclusive. Elles peuvent aboutir à des conclusions sensiblement différentes et à des candidatu­res diverses » (1). 

Les pasteurs catholiques de la France laï­que ne prennent donc pas le principe papal au pied de la lettre, comme le font, par exemple, les évê­ques américains. Ces derniers n’hésitent pas à donner de véritables consignes de vote négatives en fonction des enjeux qu’ils considèrent comme essentiels. Avec un succès limité. Il y a quatre ans, le démocrate Barack Obama, plus libéral que son rival républicain, avait obtenu la majorité des suffrages de l’électorat catholique malgré des déclarations très sévères de certains prélats. 

EUTHANASIE

Les évêques étasuniens mè­nent d’ail­leurs actuellement la lutte contre un projet du Président sortant visant à obliger les polices d’assurance-maladie à prendre en charge les frais de contraception et d’IVG. Ils sont soutenus dans ce combat par Rome. 

Ces postures radicales sur les questions de morale individuelle occupent traditionnellement un espace important dans le débat politique Outre-Atlantique. Aujourd’hui, certains catholiques semblent rêver qu’il en devienne de même en France. L’hebdomadaire France catholique titrait ainsi sur l’euthanasie dans son numéro du 17 février : « Enjeu majeur de la présidentielle », tout en promouvant La bataille de l’euthanasie, ouvrage de son collaborateur Tugdual Derville, délégué général de l’Alliance Vita, une des principales associations pro-vie du pays. « Si, par malheur, un candidat ayant promis l’euthanasie arrivait au pouvoir... », s’inquiétait celui-ci.

« L’injustice sociale tue aussi, rétorque Philippe de Roux, leader des Poissons roses, mouvement lancé cet hiver qui veut amener des chrétiens dans l’orbite socialiste (2). On ne peut uniquement se concentrer sur les questions morales de ce type. Quand Christine Boutin parle de choix de société au moment de rallier Nicolas Sarkozy, je réponds que nous ne sommes pas en Espagne en 1936. Arrêtons de dramatiser. La manière de vivre, l’économie sont aussi un choix de société. Et voter à droite, c’est mettre en avant la pensée libérale. » 

S’il récuse l’expression de points non négociables, Philippe de Roux n’est pourtantpas dupe des enjeux politiques. « Le PS ne doit pas tomber dans ce piège. Il faut qu’il modère ses positions en éthique sociale en ouvrant le débat. Pour les Poissons roses, l’euthanasie est mauvaise car elle ouvre la porte à une injustice. Le PS sait qu’il doit travailler et cela démarre tout juste. » 

Le mouvement fait valoir un principe cher aux conservateurs : « Il faudrait que la clause de conscience puisse être invoquée sur certains sujets qui, de toute évidence, dépassent la droite et la gauche. » 

(1) Quelle société voulons-nous ? p. 17, Pocket, 2012, 154 p., 6,70 €

(2) www.poissonsroses.org. Lire TC du 15 décembre 2011


Les points négociables de Christine Boutin

Convaincue par le tournant « moral » de Nicolas Sarkozy et par des sondages plus que modestes, Christine Boutin est donc revenue au bercail sarkozyste. « Certains pensaient que la campagne aller se jouer essentiellement sur des données économiques. Mais tout a changé avec ce recentrage de Nicolas Sarkozy sur les valeurs fondamentales. Ma candidature a sans doute aidé à cette décision », explique en toute humilité la député des Yvelines à l'hebdomadaire Famille chrétienne (18 février). Pour son ralliement, elle n'aurait exigé de M. Sarkozy que trois points (en plus de la bienveillance de l'UMP envers le Parti chrétien démocrate aux législatives) : non à toute union homosexuelle, non à l'euthanasie, et remise à l'honneur des racines chrétiennes du pays. On avait connu et même apprécié une Christine Boutin soucieuse du logement des précaires, de l'attention aux plus démunis, de la vie carcérale... Apparemment, ces convictions-là sont plus négociables que les autres.

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Commentaires

17.09 | 09:10

la réponse m'arrive aujourd'hui… Je connais toutes ces filles… et son garçon. Je ne savais pas laquelle était malade… merci. Je pense qu'elle est en bonne voie

...
17.09 | 08:56

Caroline.

...
13.07 | 10:38

quelle est le prénom de la fille de Monique ?e lire les dernières nouvelles ! garder le moral, c'est la moitié de la guérison. facile à dire pas à faire

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18.06 | 13:58

Merci, Marie-Thérèse.
Compte-rendu de l' A.G. prochainement ici.

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