D'accord, pas d'accord, dites-le nous !

La foi, une démarche de résistance

Avant d'être un contenu, une profession, une suite de dogmes, la foi est une démarche. Les religions entre elles et les athées sont en désaccord sur ce contenu, jusqu'à se battre voire s'exterminer pour défendre chacun sa vérité. Seraient-ils capables de s'entendre sur la démarche, laissant à chacun la liberté du contenu et de la forme ? Je le crois, car la foi dépasse les croyances, englobant également les athées et les agnostiques ; comme je la conçois, la foi est intrinsèquement œcuménique, ce bel adjectif que les Chrétiens ont rapté et qui désigne en fait l'ensemble de l'humanité vivant dans « une seule maison ».

Je vous invite à parcourir un « chemin de foi » en 7 étapes, une sorte de chandelier à 7 branches pour les 7 jours de la semaine.

Je partirai pour cela de Marie Durand, figure emblématique de la résistance protestante. Enfermée à 19 ans dans la tour de Constance à Agde, elle y restera 38 ans parce qu'elle refusera de renier ses convictions. Avoir la foi, c'est résister.

 1- La foi est une démarche de fidélité :

On pense souvent que la foi, c'est une déclaration de foi, que ça consiste à croire en l'existence de Dieu, à croire qu'il est comme çi et comme ça. Pourtant, le mot foi ne vient pas du verbe croire, mais du latin fidere qui signifie être fidèle. On pense communément que la foi est un contenu, alors que c'est d'abord une démarche et une façon de vivre.

Oui, avoir la foi c'est croire en l'existence du divin, c'est-à-dire d'une puissance qui nous dépasse, et qui dépasse même en partie notre entendement ; car le divin est avant tout un mystère. Le divin est aussi un pari, car je ne peux prouver ni l'existence du divin ni sa non-existence. Je crois qu'il existe, j'espère qu'il existe, d'une certaine manière j'en fais le choix.

Mais pour pouvoir affirmer qu'il n'y a qu'un seul Dieu, il faut alors que j'essaye de chasser de ma vie et de la vie tous les faux dieux, c'est-à-dire tous les humains qui se prennent pour dieux, car ils pensent que tout leur est possible. Aujourd'hui, d'ailleurs, beaucoup de dirigeants politiques et économiques se prennent pour des dieux. La grande penseuse Hannah Arendt nous dit que c'est là l'essence du totalitarisme.

Pour affirmer qu'il n'y a qu'un seul Dieu, il faut aussi chasser de nos vies et de la vie tous les fétiches, c'est-à-dire les objets que l'on élèvent au rang de divinités en croyant que c'est de ces objets que nous viendra la vie et le bonheur, et qu'il faut donc les adorer, leur rendre un culte, et leur sacrifier une part de nos vies et d'autres vies humaines et même de la nature.

C'est pour cela qu'avoir la foi n'est pas seulement croire en Dieu ; la question est : quel dieu ? Et c'est là que la fidélité devient centrale. Avoir foi en Dieu, c'est croire que Dieu est fidèle à l'humanité, à la création, fidèle dans ses promesses. Avoir foi en Dieu, c'est avoir confiance en lui, penser que l'on peut s'appuyer sur lui, qu'il est un repère sûr. C'est important à une période où l'on ne sait plus très bien à quoi et à qui se fier.

Avoir la foi est donc essayer de vivre dans une démarche de fidélité. Rester fidèle ne consiste pas à rester toute sa vie avec la même personne ; si ça colle c'est bien, mais si ça ne va plus, ça n'a pas de sens. Non, la fidélité est avant tout la fidélité à des valeurs éthiques et morales, à des convictions.

Maintenant, il faut savoir que ça peut coûter cher de rester fidèle à des convictions, et donc à ne pas se soumettre à n'importe qui, à n'importe quelle loi, à n'importe quel pouvoir ; c'est pour cela que la croix peut aussi faire partie du voyage.

Lecture biblique : Matthieu 28,16-20

2- La foi est une démarche d'anticipation et d'espérance

Une tour ça sert à voir loin, afin de pré-voir, de voir à l'avance, d'anticiper pour réagir à bon escient, afin de se protéger ou de fuir, afin d'avoir le temps de prévenir tout le monde. Car c'est souvent ça le problème, si on savait où nous menaient nos actions, nous agirions parfois différemment. Il faut dire que nous avons l'habitude de marcher en regardant nos chaussures -certes, ça évite de mettre le pied sur une crotte de chien ou de se tordre la cheville-, mais ça ne permet pas de savoir où l'on va. Je crois qu'aujourd'hui, beaucoup de celles et ceux qui nous gouvernent naviguent à courte vue.

Non ! Pour savoir où l'on va, pour donner sens à la vie, il faut sans cesse anticiper, regarder loin devant. Vous connaissez cette parole de sagesse : Quand on bande l'arc pour tirer, l'imbécile regarde la corde, le naïf regarde la flèche, et le sage anticipe l'action de la flèche ; il regarde où va aller la flèche pour savoir ce qu'elle va produire. Aujourd'hui, à l'heure où la vie de la planète est en jeu, nous avons besoin de sages qui ne se demandent pas : de quoi j'ai envie aujourd'hui pour m'éclater un peu ? Mais, comment faut-il vivre pour que dans 50 ans la vie reste possible sur terre et que tout le monde soit le plus heureux possible ?

D'ailleurs, avez-vous remarqué que sans anticipation, il n'y a pas d'espérance. Espérer, c'est anticiper, c'est regarder l'avenir et croire qu'il peut devenir meilleur, beau. Dans le fond, peut-être que Vivre avec un grand V, c'est espérer. Lecture biblique : Romains 15,13

3- La foi est un acte d'amour : 

Une tour pour prévoir, mais prévoir pour quoi ? Pour protéger des vies, pour protéger la vie. Le cœur de notre espérance est l'espoir que l'humanité, la terre et tout ce qu'elle contient, puissent vivre un jour dans l'harmonie et le bonheur, ce que les anciens sémites ont appelé le shalom et que nous traduisons par paix, mais qui est beaucoup plus profond.

L'espoir que l'humanité vive en harmonie, c'est ce que nous commençons par demander à Dieu dans la prière que Jésus nous a enseigné, lorsque nous disons : Notre père des cieux ; car s'il est notre père, nous sommes toutes et tous ses enfants et donc nous sommes toutes et tous frères et soeurs. La fraternité humaine est l'un des fondements de la foi au seul Dieu digne d'avoir une majuscule. Cela signifie que nous sommes tous égaux en dignité et que toutes les divisions que l'on a pu imaginer entre les humains, notamment entre soit-disantes races, ou régions du monde ou même nations, ne sont pas légitimes aux yeux de la foi. Cela signifie que les inégalités que l'on a instauré entre les humains, sexuelles et sociales notamment, ne devraient pas exister. Toutes les inégalités sont une rupture du pacte de fraternité qui devrait exister entre les humains.

Car au fond, les seules relations acceptables entre nous devraient être des relations d'amour. L'amour n'est pas n'importe quoi, l'amour n'est pas l'amour de l'argent, de la richesse, de la gloire, de la puissance, du succès ; le véritable amour est l'amour d'autrui et de la vie. Cela n'empêche pas de s'engueuler, de ne pas être d'accord, de se combattre, mais dans l'amour. C'est quoi une relation d'amour ? C'est lorsque je fais d'abord attention à la personne qui est en face de moi ou que je ne vois pas ; c'est quand je recherche d'abord son bonheur avant le mien ; c'est lorsque le respect, la considération, l'écoute, l'effort de compréhension l'emportent sur toute autre sentiment.

C'est pourquoi l'amour des ennemis et le pardon sont la pierre angulaire de l'amour, car si je choisis ceux que j'aime, je choisis aussi ceux que je n'aime pas, et ce faisant, je tue l'amour, car l'amour dans la foi ne choisit pas, sinon j'accepte que Dieu fasse pareil et alors je ne suis pas sûr de faire partie de ceux qu'il aime, et alors il n'y a plus de fraternité humaine, Dieu n'est plus notre père... bref, tout s'écroule.

Je crois que la non-violence devrait être enseignée dès le plus jeune âge, avec des stages de rappel tout au long de la vie. La protection et l'épanouissement de la vie, de toute vie est l'horizon de la foi ; l'horizon de la foi est l'amour de la vie, de toute vie. Je crois que l'amour de Dieu est source de ce véritable amour de la vie. Lecture biblique : 1 Corinthiens 13,1-6

4- La foi est un acte de courage :

Les sages et les psychologues nous disent que c'est le plus souvent la peur et la souffrance qui rendent agressif, voire méchant. En plus de l'amour dont nous venons de parler, la foi appelle le courage. Dominer nos peurs, avoir le courage de regarder la réalité en face, le courage de parler et d'agir comme l'éthique et la morale le demandent, malgré les risques... Ne croyez-vous pas que si nous faisions preuve de ce courage, la face du monde ne serait pas le même ?

Gandhi disait que c'est la capacité des populations à se soumettre qui fait les dictatures et les empires coloniaux ; c'est la lâcheté qui est la véritable source de l'injustice. Si un petit chef, avec ou sans moustache veut imposer sa loi, mais que personne ne le suive, que fera-t-il ?

Dans la Bible, l'écrivain qu'on appelle deutéronomiste a défendu l'idée suivante : lorsque l'on a foi en Dieu, avant on disait lorsque l'on craint Dieu, alors on n'a plus peur de rien ni de personne.

Le courage n'est pas très courant, mais il est plus facile d'être courageux à plusieurs, car on se soutient, on se rassure, on s'encourage pour devenir courageux. Lorsque l'on a foi en Dieu, on ne se sent jamais seul ; peut-être est-ce l'une des raisons du courage tranquille donné par la foi. En désamorçant la peur source de violences, il nous aide à bâtir un monde de paix et d'amour. Lecture biblique : Luc 8,49-55

5- La foi est une démarche de liberté :

Sur le tableau présenté, on voit Marie Durand avec un visage extrêmement paisible. Les gens paisibles sont beaux, car ils sont apaisants, et chacun sait que la paix extérieure et intérieure est belle. Je me souviens de l'évêque salvadorien, Oscar Romero, que j'ai rencontré quelques semaines avant qu'il soit assassiné par l'armée parce qu'il défendait les pauvres.

Cet homme de foi savait qu'il allait mourir et pourtant il était tranquille et inspirait la paix. Ces personnes doivent être des références pour nous. Même enfermés ou contraints, nous devons rester libres dans la tête et le cœur, libres de rester nous-mêmes, libres de rester fidèle à nos convictions. Le courage que nous venons d'évoquer rend libre, même si des forces de l'ordre qui se prennent toujours pour des forces de l'ordre, nous enferment.

Vous comprenez alors que la véritable liberté n'est pas de faire ce que l'on veut, mais d'agir pour le bien d'autrui, de contribuer au bonheur de tous, de permettre et de sauvegarder la liberté de chacun.

Lorsque vous regardez Marie Durand, vous comprenez qu'on l'enferme parce qu'elle est libre. D'autres personnes à son époque partageaient ses idées, mais on n'avait pas besoin de les enfermer, ils s'étaient eux-mêmes enfermés en se soumettant. Etre protestant et libre n'est pas un titre, c'est une façon de vivre sa foi et dans la foi ; tous les chrétiens devraient l'être, tous les croyants devraient l'être, tous les humains devraient l'être, car être humain c'est être libre. Lecture biblique : Luc 4,16-21

6- Sa valeur est la vérité :

La foi, c'est la recherche de la Vérité avec un grand V, c'est-à-dire du sens profond de la vie, de ce qui compte vraiment ; de la vérité profonde qui va au-delà des connaissances scientifiques pourtant indispensables. Cette vérité-là se confond peut-être avec la sagesse de Dieu. C'est pourquoi la foi rejette le mensonge ou la demi-vérité. Elle recherche la transparence ; elle aime l'honnêteté.

J'ai l'impression aujourd'hui, d'assister à la banalisation du mensonge, de la demi-mensonge qui est toujours un demi-mensonge ; à la diversion et à la banalité pour éviter de parler de ce qui compte, c'est-à-dire de montrer du doigt les fausses routes et encore plus de mettre en lumière tout ce qui marche et donne de l'espoir et qui va dans le sens d'un bonheur commun partagé.

Pourquoi cette banalisation ? Peut-être parce que nous assistons à l'envahissement conquérant et parfois violent de la première religion au monde : la religion de la richesse et du pouvoir. C'est le couple divin le plus répandu, et que l'on retrouve sous toutes les latitudes et qui se rie des autres religions. Dans les temps anciens il y avait les parèdres divines, un dieu masculin et une déesse féminine -dans l'Ancien Testament, nous avons surtout Baal et Astarté-. C'est la même chose aujourd'hui ; nous n'avons pas beaucoup évolué et le véritable monothéisme, ce sera pour plus tard ; c'est lui sans doute qui nous libérera de tous ces fétiches.

Cette religion a pris la forme de l'économie dite néo-libérale et qui est en train de tout transformer en marché rentable et d'éliminer tout ce qui ne rentre pas dans cette logique de marchandisation de la vie. Or, pour faire des affaires et acquérir du pouvoir, il faut mentir un peu ou beaucoup, ne pas dire toute la vérité ou la pervertir complétement. Il faut donc, dans ce monde marchandisé, apprendre à se méfier, à ne pas faire confiance, car ça devient de la naïveté. Mais, comment avoir la foi si l'on ne peut plus faire confiance ?

Oui, vendre et gouverner, c'est toujours partiellement mentir, et c'est sans doute pour cela que la foi privilégie la gratuité sous la forme du service et du don. La vérité ne peut s'acheter ni se vendre dans le commerce, pas plus qu'elle ne peut s'imposer par la force ou même la loi. Lecture : Mattieu 22,15-17

 7- Sa valeur est la justice :

Nous voilà au bout du chemin. Vous pouvez rassembler tout ce que nous avons évoqué et vous aurez la notion de justice, « justice de Dieu » bien sûr, c'est-à-dire une justice dans laquelle on peut avoir une confiance aveugle, une justice qui n'exige pas d'être riche et bien placé pour espérer réparation, une justice qui, à l'image de Dieu, sait pardonner et juge pour sauver et non condamner à la mort lente. En un mot une justice qui est un acte d'amour, une justice qui nous permette de renaître sans cesse.

Par la foi, nous sommes serviteurs de cette « justice de Dieu » qui nous appelle à œuvrer pour le bonheur de tous les êtres humains, passés, présents et à venir. Nous en trouvons trace dans les grandes déclarations internationales sur les droits humains fondamentaux. L'obéissance à cette justice doit nous amener, lorsque c'est nécessaire, à désobéir à des lois qui poussent à violer les droits humains. En cela, la foi fait de nous des résistants et des protestants perpétuels ; mais rappelons-nous que pro-tester signifie d'abord témoigner un faveur de.

Je te souhaite, Mathilde, et je nous souhaite à toutes et tous de devenir et demeurer des hommes et des femmes de foi ; notre époque en a tant besoin. Ce chemin est rocailleux, mais tellement beau et surtout il mène quelque part. Lecture biblique : Mattieu 5,6-10

 Jean-Pierre Cavalié. 2010

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JM | Réponse 27.02.2012 12.28

Super texte de Jean-Pierre

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Commentaires

17.09 | 09:10

la réponse m'arrive aujourd'hui… Je connais toutes ces filles… et son garçon. Je ne savais pas laquelle était malade… merci. Je pense qu'elle est en bonne voie

...
17.09 | 08:56

Caroline.

...
13.07 | 10:38

quelle est le prénom de la fille de Monique ?e lire les dernières nouvelles ! garder le moral, c'est la moitié de la guérison. facile à dire pas à faire

...
18.06 | 13:58

Merci, Marie-Thérèse.
Compte-rendu de l' A.G. prochainement ici.

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