Textes à méditer, adresses où se ressourcer

Sacré et Sainteté par Christian Salenson

Le sacré est une notion complexe. N’étant ni anthropologue, ni sociologue ou ethnologue, je suis surtout intéressé par l’usage qu’en fait la révélation chrétienne. Que devient cette notion de sacré quand elle est reprise dans la foi chrétienne ? La révélation chrétienne reprend les données religieuses mais les retravaille selon son génie propre, du moins est-ce là ce que l’on est en droit d’attendre de la réflexion théologique. La révélation chrétienne ressaisit et transforme le fond religieux de l’homme. Le christianisme est d’une certaine manière « la religion de la sortie de la religion » comme le dit Marcel Gauchet 1.
La société sécularisée est très embarrassée de cette notion. Ainsi on nous parle de...

SUITE à lire ici :

https://ahp.li/05dd4a4fa71adfeaedda.pdf

 

Qu'est-ce qu'un « évangile » ?

Dans le clip des Black Eyed Peas « Ring the Alarm » sorti en 2018, le chanteur Will.i.am apparaît dans une église, entre deux vitraux, pour entonner ce refrain à la fin du morceau :

Je suis à fond avec Jésus et je roule avec les apôtres / On a ce grand amour, cet amour qui est colossal (...) On a ce grand amour, cet amour poids-lourd / Attends, attends, c'est ça l'évangile

En réécoutant ce vieux son, on s’est posé une question simple, basique : en fait, d’où vient le mot « évangile » et que signifie-t-il ?

Réponse aujourd’hui sur le site de PRIXM, ici :

https://www.prixm.org/articles/evangile-signification-etymologie-origine-du-mot-evangile-dans-la-bible?utm_campaign=S7%20%233%20Gen&utm_medium=email&utm_source=Mailjet

Et si DIeu était laïc ?
Arant de Gelder (1645-1727), Abraham et les Anges Museum Boijmans à Rotterdam

Abram devient Abraham : quel est le sens de ce changement de nom ?

Pourquoi Abram devient-il Abraham ? Quelle est la différence entre ces deux noms ? Que signifie « Abraham » ? Quel est le sens d’un changement de nom dans la Bible ?

 Avec l'excellent site PRIXM.

A lire avec le lien suivant : 

https://www.prixm.org/articles/abram-devient-abraham-changement-de-nom-signification-du-nom-dans-la-bible?utm_campaign=S6%20%2344%20GEN&utm_medium=email&utm_source=Mailjet

 

La lucidité de Jésus

Par José Antonio Pagola

 

https://ahp.li/41aa5cc8df3182c87644.pdf

 

 

Jésus a -t-il voulu créer une communauté démocratique ?

In Garrigues & Sentiers

Cet article s’interroge sur le type d’organisation que Jésus a voulu pour ses premières communautés (1). S’il est difficile, voire impossible, de connaître les intentions du Jésus historique (2) il est par contre possible de voir quel type de leader il a refusé d’être et en conséquence quel type de communauté il a refusé.

A lire ici : 

 https://ahp.li/90181de149ee30a300de.pdf

 

Gouvernance dans l’Église : que peut en dire la parabole du festin de noces ?

Article à 3 voix.

Les Évangiles peuvent-ils servir de socle à une réflexion sur la gouvernance dans l’Église ? M-L Durand, théologienne, exégète, auteure de « Le roi déçu, l’exercice compliqué de la gouvernance », relit la parabole du festin des noces du fils d’un roi un peu trop autoritaire…

 

Des croyants s'interrogent : si Dieu pardonne tout, pourquoi dit-on que beaucoup seront appelés, mais qu’il y aura peu d’élus (Matthieu 22, 14) ? La miséricorde divine serait-elle limitée ? La réponse du P. Thierry Lamboley, jésuite.

 

Alors que se prépare un synode sur la synodalité de l’Église, beaucoup se demandent pourquoi l’Église n’est pas plus démocratique. L’Église s’est longtemps accommodée du modèle hiérarchique, société inégalitaire avec des clercs qui décident et des laïcs qui obéissent, menée par un souverain pontife. Est-ce encore tenable ? Sylvain Gasser, assomptionniste.

https://ahp.li/025205403a7282951986.pdf

 

 

 

 

Un livre qui libère : la grâce originelle (Matthew Fox)

Une grande partie des textes théologiques, liturgiques, spirituels du catholicisme est construite sur un modèle que le théologien Matthew Fox a bien mis en valeur et qu’il énonce ainsi : Chute-rédemption. Une grande partie des textes…mais pas tous. Cependant c’est le modèle qui a été dominant et qui le reste.

Je vous invite à lire…toute affaires cessantes ! L’auteur propose un autre modèle qui commence lui par le positif !

Cela m’a inspiré les réflexions personnelles suivantes :

Pourquoi le modèle chute-rédemption est nocif et a des conséquences dramatiques ?

Parce que le cosmos et l’humain sont vus dans un état de perte dû à une faute à l’origine. Ça commence donc par un échec qui nous met devant les yeux, l’esprit et le cœur le négatif.

Cette chute est considérée comme une faute contre Dieu, ce qui rend la faute abyssale ! Faute conçue comme une désobéissance et donc Dieu conçu comme un maitre à qui on doit obéissance.

Parce que cette chute est conçue comme perte de la vie éternelle.

C’est cette vision qui a fait considérer indispensable le baptême le plus tôt possible après la naissance pour effacer cette faute d’origine qui couperait de Dieu, et condamnerait à l’enfer.

Parce que la rédemption est comprise comme ce qui permettrait l’accès au paradis et sauverait de l’enfer.

Rédemption transmise par le baptême mais payé au prix du sang par la croix du Christ avec l’image d’un Dieu qui ne pourrait pardonner que par la souffrance et le sacrifice.

Autant de nocivité pour le cosmos, l’humain et pour l’idée qu’on peut se faire de Dieu. 

Théologie dépassée qu’on n’enseigne plus ? Je ne le pense pas. Par exemple C’est sur ce modèle que la liturgie de la Messe est bâtie. Soyez attentif au rituel de la messe et vous découvrirez qu’il est bâti sur ce modèle.

Du début jusqu’à la fin d’une messe, nous sommes des « losers » des « failers » des « fallers »

Je confesse…que j’ai péché

Seigneur prend pitié

Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde prends pitié de nous

Je ne suis pas digne…

Et tellement d’autres prières du missel.

Je rêve d’une liturgie qui commencerai par du positif, où on célébrerait le don de la vie, de ce qu’il y a de beau, de bon, de vrai dans ce monde et dans nos vies pour pouvoir seulement ensuite reconnaitre ce qui le contrarie.

Et aussi combien d’homélies, de prédications, de livres de spiritualité…qui véhicule le schéma Chute-Rédemption ! Pas tous heureusement mais encore trop qui ferment la porte à tant de femmes et d’hommes qui cherchent des chemins de vraie liberté spirituelle.

De ce point de vue la spiritualité ignatienne a de bonnes ressources pour lutter contre le modèle chute-rédemption.

*Le début de la prière d’alliance commence par le merci, c’est-à-dire la reconnaissance du positif de nos existences. (Voir une manière de la vivre :

http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/2016/05/prier-avec-sa-vie-la-priere-d-alliance.html)

*La manière récente de donner les Exercices spirituels va aussi dans le bon sens comme première étape du chemin, l’accueil de la création, la vie comme un don. (Voir une présentation du texte d’Ignace : principe et fondement : 

http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/article-spiritualite-ignatienne-le-principe-et-fondement-dans-les-exercices-97568051.html )

*Également la spiritualité des Sœurs du Cénacle enracinée dans un texte fondateur de Thérèse Couderc, la Bonté qu’elle voit dans toutes les créatures. (Voir une présentation de ce texte : 

 

http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/2020/10/je-veux-voir-dieu-c-est-possible-et-c-est-simple.html )

 

Merci à Matthew Fox de m’avoir, par son livre, aidé à mettre des mots sur ce que je porte depuis longtemps. Lire et travailler son livre va m’ouvrir encore d’autres pistes. Comme pour chacun-e qui l’ouvrira !

Voici la table des matières pour donner le désir d’aller emprunter ces 4 sentiers

1-Apprivoiser la création : la via positiva-théologie de la création et de l’incarnation

2-Apprivoiser les ténébres : la via negativa-théologie de la croix

3-Apprivoisr la créativité : la via creativa-théologie de la résurrection

4-Apprivoiser la nouvelle création : la via transformativa-théologie de l’Esprit-Saint

Bonne lecture

« À propos de la peur de vivre et pour encourager à l'Espérance » Par Jean Sulivan.

Vu sur le site de N.S.A.E. (Nous Sommes Aussi l'Eglise) 


Ce texte, repris de la revue Panorama de décembre 1967, est présenté ainsi par Jean Lavoué [1] :
"Cadeau reçu de la part de Joseph Thomas à l'occasion du 42 anniversaire de la mort de Jean Sulivan. Envie de le transmettre à mon tour. Joseph est allé dénicher dans un ancien numéro de la revue Panorama de Noël 1967 cette improbable pépite qu'avec humour Sulivan intitule de façon désuète : « Essai de sermon ».
C'est en relisant les sermons du « jeune homme Maître Eckhart » qu'il faudrait imaginer la force du printemps qui se cache derrière ce titre singulier. « À propos de la peur de vivre et pour encourager à l'Espérance » est un texte long, sans doute possiblement compatible avec la fuite en avant que constitue souvent notre fréquentation des réseaux sociaux. Mais je sais que beaucoup font cependant leur nourriture de ce qu'ils peuvent y trouver parfois d'exigeant. On y reconnaît d'un seul trait l'oeuvre et le style de Sulivan, tout l'art spirituel qui affleure à chaque page de ses livres."


Lire le texte ici : 

https://ahp.li/11f7149631d434c9bcdc.pdf

 

Voir aussi "Sous le vent de Sulivan"  ici

https://nsae.fr/2021/09/16/sous-le-vent-de-sulivan/

 

L'évangile autrement par Raphaël Buyse

Nous avions été nombreux à être touchés par le petit livre Autrement Dieu, de Raphaël Buyse, et à l’offrir autour de nous l’année dernière. Avec simplicité et poésie, il renouvelait la perception et le langage de l’expérience spirituelle, et il posait un regard décapant sur Jésus, « la face humaine de Dieu », « celui qui aime sans dévorer », et sur notre Église. L’opus de cette année s’intitule Autrement l’Évangile. Il n’étonnera pas ceux qui se forment en permanence à la réflexion théologique, pour vivre une foi d’adultes, et ont donc déjà assimilé le fait que les Évangiles ne sont pas des dépêches d’agences de Presse, ni un constat d’huissier. Aucune fac de théologie n’en sera révolutionnée, en revanche ça risque de tiquer dans certaines paroisses plus traditionnelles, encore très accrochées à la lettre des textes, avec une remise très limitée dans le contexte historique et la mentalité de l’époque et des lieux, et une ignorance crasse de la symbolique orientale. Et je n’imagine même pas ce qu’en diraient les créationnistes, qui a priori ne le liront jamais.

Sa perception de l’homme Jésus : « Il sauve des règles religieuses contraignantes, de l’ennui des formules toutes faites, du non-sens des habitudes, de la morale, des rites éteints, du formalisme de la Loi et de la peur de vivre. Il sauve des maîtres, des dominants, des sachant-Dieu, des souverains. Il sauve surtout de l’inhumanité. »

Sa compréhension de l’Église : Jésus était venu pour nous sauver de ce qu’elle s’est empressée de recréer, 300 ans après sa fondation. Une petite caste sacerdotale féodale impose des règles à l’ensemble du peuple, « la liturgie se fige, […] on encadre la parole et on raidit les rites ; un décorum s’installe. » Sa constatation : tout cela est en train de mourir par étouffement. « Quelques-uns se rassurent en pensant que la Tradition est sauve parce que ‘dedans’, ça continue. »

Sa position : « J’avance d’un pas tranquille. Bien décidé à préférer les raz-de-terre à tout ciel faux. Sans chercher à tout voir et sans vouloir tout faire. Je n’ai plus à sauver le monde : le Christ l’a déjà fait ! »

Merci à Raphaël Buyse pour cette brise de fraîcheur, – dans laquelle s’est toujours caché Dieu, plutôt que dans les tempêtes et les ouragans

Site de St Merry hors les murs par Blandine Ayoub16 janvier 2022

Les psaumes par Pierre Adrien

Psaume 22(23) Photogra^hie E & E Matson (Washington) Domaine public

Les psaumes sont les prières qui rythment la vie des moines. Dans un roman retraçant sa rencontre avec les moines d’une abbaye pyrénéenne, Pierre Adrien nous offre une page lumineuse sur la poésie qui émane d’un moment hors-temps, durant la prière des complies le soir :

« Dans la chapelle, Pierre est en prière, la tête abritée sous la capuche de son habit. Ainsi que le vieil Albert, les yeux clos, toujours assis à la même place. Le silence néglige la pluie et son vain bruit.

Où donc aller loin de ton souffle ? Où fuirais-je loin de ta face ? Je gravis les cieux : tu es là ; Je descends chez les morts : te voici.

Dans une langue accidentée, les psaumes sont chantés. Oh, c’est une prière bien pauvre et maladroite, cette poésie des hommes vers Dieu. Mais voilà une paix retrouvée après la nuit et ses colères. Ici, les mots sont un premier pas. Les psaumes leur donnent une magnificence. Pas un qu’ils laissent au hasard.

J’avais dit : « les ténèbres m’écrasent ! » Mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour moi n’est pas ténèbre, Et la nuit comme le jour est lumière ! »

Marcel Légaut, un homme de foi et son Eglise au XXème siècle

1.  L'homme et son itinéraire avant le Concile Vatican II (1900-1960)

2.   La pensée de Marcel Légaut sur Vatican II et l'Eglise catholique de l'après-concile

par 

Jacques Musset

A lire ici : 

https://ahp.li/0f64d7a7d07b329e92ef.pdf

Prière confiante

Si j'étais pape : une théologie du bonheur

Une théologie du bonheur

 

Charles Wright me transmet ce billet qu’il vient de publier dans une revue de spiritualité ignatienne. Il plaide pour une « théologie agnostique », faillible, capable de dialoguer avec tous. C’est bien aussi ce que je recherche dans l’expression poétique. Il est l’auteur du magnifique récit de sa traversée à pied de l’Auvergne publié au printemps 2021 : « Le chemin des estives » (Flammarion)

 

Il n'y a pas que les hommes qui vieillissent. Le langage aussi subit les assauts du temps. A force d'être répétés, les mots s'usent comme des pièces de monnaie. Le christianisme n'échappe pas à ce flétrissement. Il ressemble à un vieux monsieur ridé qui ressasse de vieilles histoires que plus personne n'écoute.

Il faut être aveugle pour ne pas le voir : la religion chrétienne devient une langue morte. Nous prêchons des paroles, chantons des hymnes, célébrons des rites qui pour beaucoup de nos contemporains ne veulent plus rien dire. Ils ne se sentent plus concernés. Les discours de l'Eglise sont des paroles en l'air qui flottent au-dessus du réel, ne réfèrent plus à l'existence concrète des gens, aux enjeux de leur vie.

A ce rythme, les chrétiens passeront bientôt pour une tribu exotique, massée dans un petit îlot de l'archipel français, et articulant un patois dont des ethnologues tenterons de déchiffrer le sens. Après tout, est-ce si grave ? On est bien entre soi, on se comprend, on parle la même langue – avec leur jargon, leur « manière de procéder », les mouvements chrétiens n'échappent pas toujours à cette tentation de l'entre-soi, y compris dans la galaxie ignatienne... Sauf que ce n'est évidemment pas la vocation des chrétiens, appelés qu'ils sont à entrer en conversation avec le monde, donc à parler la langue de tous. Au 2e siècle, l'auteur de l'A Diognète le disait déjà : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements ».

« La théologie est sérieuse », écrit Rimbaud dans Une saison en enfer, suggérant l'insignifiance d'un discours qui a perdu sa puissance d'attraction. Les mots de la foi sont trop sages, trop lisses, trop ternes ; il faut faire entrer un peu de lumière et de vie dedans. Je vais choquer : c'est d'une bonne poussée d'hérésies, ces turbulences sémantiques, dont on a besoin ! Ces dernières sont souvent un signe de vitalité spirituelle, l'indice que souterrainement, des renouveaux s'esquissent, des expressions se cherchent, l'Esprit veut nous dire quelque chose.

François Varillon, qui n'était pourtant pas un révolutionnaire, disait qu'il faut « casser les mots » pour voir ce qu'il y a dedans... De fait, si j'étais pape, je plaiderais pour que la théologie se fasse au marteau. Je mettrais à la casse tous les mots qui se sont exilés du sens commun. Pour recharger ces derniers de signification, j'exhorterais les théologiens à sortir des bibliothèques, des notes de bas de page, des dédales conceptuels. C'est en gambadant sur les estives, en traînant dans les bars, en écoutant les désespérés, en se mettant à genoux, bref en contemplant la majesté du réel et en se tenant au plus près des questions existentielles, que la théologie deviendra une science humaine, c'est-à-dire une parole qui soit du côté des choses. On ne devrait rien écrire qui « ne puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant », disait Cioran. Il faudrait brocarder cet aphorisme dans l'atelier des théologiens, des prêcheurs, des compositeurs d'hymnes ; peut-être l'Eglise retrouverait-elle alors un parler qui rayonne vraiment la vie divine, et donne aux hommes la force de vivre, de croire et d'aimer.

Si j'étais pape, j'étrennerais aussi une théologie agnostique. Il serait si beau de dire à nos contemporains que l'Eglise n'est pas infaillible, qu'elle ne sait pas tout, qu'elle cherche avec eux, en tâtonnant... Enfin j'ouvrirais le chantier d'une théologie du bonheur. Le christianisme, attesterait-elle, n'est pas une religion qui donne le bourdon, mais une religion solaire, un grand éclat de rire. Elle engage l'existence du côté de la joie et conduit à vivre intensément et haut.

(In Revue Vie chrétienne, novembre-décembre 2021)

Conférence de frère François Cassingena-Trevedy -

 

LES DÉBATS DE SAINT-MERRY-HORS-LES-MURS MINISTÈRES, CHARISMES ET POUVOIR AVEC ROSELYNE DUPONT-ROC ET ANTOINE GUGGENHEIM
 
À la veille du synode sur l’Église, il est plus que jamais urgent de s’interroger sur l’articulation entre charismes, ministères et pouvoir, telle qu’elle est vécue dans nos communautés chrétiennes. Car le cléricalisme, cette « caricature de la vocation reçue », ainsi que le dénonce le pape François, est toujours à l’œuvre. Et avec le cléricalisme, les abus de toutes sortes, comme le démontre l’histoire récente.
Par quels détours dans l’histoire de l’Église est-on arrivé à la confusion, et à l’assimilation en une seule, de ces deux réalités antinomiques, ministère et pouvoir ?
Et, pour poser le problème à la racine, qu’en est-il des charismes et des ministères à l’origine du christianisme, dans l’Église naissante ?
Si la synodalité « n’est autre que le “marcher ensemble” du troupeau de Dieu sur les sentiers de l’histoire à la rencontre du Christ Seigneur », peut-elle servir d’antidote à la tentation récurrente de confondre ministères et pouvoir ?
Autant de questions que nous aborderons lors du débat de Saint-Merry Hors-les-Murs, avec :
Roselyne Dupont-Roc, helléniste et bibliste,
et Antoine Guggenheim, théologien,
codirecteurs de l’ouvrage Après Jésus. L’invention du christianisme, Albin Michel, 2020. Introduction : Guy Aurenche Animation : Pietro Pisarra
 

Voir ici  :

https://www.youtube.com/watch?v=qNMdSbZxDuw

 

Larme de pierre, Eglise de chair.

« Le rapport Sauvé, sans le dire explicitement, appelle à une révolution copernicienne de l'Église »

Si le célibat a renforcé la figure de l'évêque et du prêtre, il n'est en rien la clé de voûte du système clérical. Aussi, autoriser le mariage des prêtres ou l'accession des femmes à la prêtrise n'apportera aucun changement profond, estime Jacques Musset, ancien aumônier et essayiste, dans une tribune au «Monde».

Le 21 octobre, Danièle Hervieu-Léger, dont j'apprécie beaucoup les ouvrages, écrivait ici même que le célibat des prêtres était la clé de voûte du système clérical. Je préférerais  « qu'il n'en est qu'une des manifestations éclatantes », ce qui est très différent. En effet, ce système est né antérieurement à l'imposition du célibat chez les évêques et les prêtres. Il incluait déjà l'organisation cléricale de l'Église et sa doctrine dogmatique officielle, les deux étant intrinsèquement liées.

Le système clérical est apparu vers la moitié du II siècle de notre ère. Jusqu’alors, l’animation des communautés chrétiennes se faisait d’une manière collégiale par les presbytres (étymologiquement les anciens ou les anciennes, au sens de sages) et les épiscopes (des gens chargés de vérifier le bon fonctionnement communautaire). À ces deux fonctions, on était désigné par les membres de la communauté. Au II siècle, cette animation a été accaparée par une seule personne masculine : un épiscope. Ainsi est né l’épiscopat monarchique, tel qu’il existe toujours dans le catholicisme et l’orthodoxie.

Verrouillage datant du concile de Trente

Ces épiscopes (évêques), désormais chefs des communautés, ont pensé leur responsabilité à l’image du sacerdoce juif. Ils l’ont sacralisé et justifié en faisant appel à des textes évangéliques lus de manière littérale (Matthieu 16, 17-20 ; 18, 15-18, 28, 18-20 ; Luc 22, 14 ; Jean 20, 22-23) et interprétés comme une mission reçue de Jésus ressuscité lui-même, confiée d’abord aux apôtres puis à leurs successeurs, les évêques.

Or, nous savons très bien par les recherches exégétiques que ces textes ne sont pas des récits à prétention historique et qu’ils ne fondent pas un régime hiérarchique dans les communautés chrétiennes introduisant la division clercs-laïques, les premiers disposant de tous les pouvoirs, les seconds ayant pour vocation de leur obéir en tout dans le domaine de leur vie spirituelle.

Ce n’est pas tout. Les évêques, en définissant la vraie foi chrétienne aux IV et V siècles dans les premiers conciles et en l’imposant dans toute l’Église au sein de l’Empire romain, qui l’a adopté à la fin du IV siècle comme religion officielle, bouclaient la boucle dans l’appropriation par l’épiscopat monarchique des trois pouvoirs exclusifs, tous sacralisés : l’enseignement et l’interprétation de la vraie foi, la présidence de l’eucharistie valide (puis des sacrements), le pouvoir de gouvernement et de coercition. L’imposition du célibat est venue ensuite par paliers successifs, et le verrouillage s’est terminé au concile de Trente, au XVI siècle.

Si le célibat a renforcé la figure de l’évêque et du prêtre comme personnage sacré, détenant des pouvoirs venant du Christ et de Dieu et intermédiaire obligé entre le ciel et les fidèles, il n’est ainsi pas la clé de voûte du système clérical, dont les éléments essentiels en précèdent l’apparition et la justification. En supposant que Rome autorise aujourd’hui le mariage des prêtres masculins et admette que les femmes peuvent désormais accéder à la prêtrise, rien ne serait changé fondamentalement dans le système, sinon que ce serait pour lui une chance supplémentaire de perdurer.

 

Réappropriation du témoignage de Jésus

En conséquence, la rénovation en profondeur du système catholique, tout à la fois clérical et dogmatique, passe par la nécessité de tout remettre à plat de l’existant. Les protestants ont fait la moitié du chemin à la Réforme, au XVI siècle, en abolissant le système clérical hiérarchique, mais en conservant le système dogmatique. Aujourd’hui, dans bien des Églises protestante et anglicane, un cheminement continue de se faire concernant l’abandon de la doctrine dogmatique figée au profit d’une réappropriation et de l’actualisation à nouveaux frais du témoignage de Jésus dans la modernité de notre temps.

Deux figures parmi d’autres sont emblématiques de cette démarche. L’une anglicane,

John Shelby Spong (1931-2021), un ancien évêque américain dont plusieurs livres, faciles d’accès, ont été traduits en français, notamment celui résumant sa démarche : Pour un christianisme d’avenir (Karthala, 2019). L’autre catholique, Joseph Moingt (1915- 2020), dont le dernier ouvrage testamentaire, L’Esprit du christianisme (Temps présent, 2018), introduit une décantation salutaire du catholicisme clérical et dogmatique démontrant par exemple qu’il n’est pas possible honnêtement de faire découler des textes évangéliques la doctrine officielle catholique. Sans qu’on lui jette officiellement l’anathème, il est plutôt regardé de travers dans sa propre Église. Si son livre peut être de lecture laborieuse pour certains, ses autres publications, rassemblant ses conférences, donnent une idée de la pertinence de sa pensée et de son courage.

Ce à quoi appelle le rapport Sauvé, sans le dire explicitement, c’est donc à une révolution copernicienne. Aura-t-on le courage de l’entreprendre ? Telle pourrait être la conclusion et l’encouragement du Synode romain sur la synodalité ! Mais j’en doute fort !

 nsae.fr Par Jacques Musset

 

Source :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/11/04/lerapport-sauve-sans-le-dire-explicitement-appelle-aune-revolution-copernicienne-de-leglise_6100877_3232.html

 

Pédocriminalité dans l’Eglise : retrouvez les tribunes parues dans « Le Monde »

 

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Commentaires

01.10 | 07:38

Le pire ,comme l'a dit Anne Sinclair à propos d'elle-même et de DSK ,c'est que ces affaires soient portées sur la place publique et hyper médiatisées

...
22.08 | 07:09

Merci pour ces messages de l'été. Ils me rejoignent en Corrèze où je suis venue visiter ma sœur aînée 90 ans, veuve récemment...Noël 2021.

...
26.07 | 19:14

MERCI POUR TOUTES CES CARTES PLEINE D'ATTENTIONS A NOTRE ENVIRONNEMENT ET NOTRE INTERIORITE.
Monique

...
12.03 | 12:28

Bien contents que vous trouviez du ressourcement sur ce site On pense souvent à vous deux Amitié Martine & Jean-Marie

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