Actualités de l'Eglise

Toutes apôtres

Marie-Madeleine par El Greco.

L’association Toutes Apôtres ! a pour objet principal d’agir pour faire advenir l’égalité de tou.te.s au sein des communautés et institutions religieuses, notamment de l’Église catholique romaine.

Un site : https://toutesapotres.fr/

A lire : 

« Toutes Apôtres ! » réclame unecommission indépendante sur la situationdes femmes dans l’Église. Article dans "La Croix"  au lien ci-dessous : 

https://ahp.li/3fd35894ef258b2a4342.pdf

Communiqué de presse de la C.C.B.F.

Pour que l’Église catholique sorte de ses dysfonctionnements structurels, la Conférence Catholique des Baptisés francophones (CCBF) appelle les baptisés à s’impliquer dans d’indispensables transformations...

Lire la suite ici : 

https://baptises.fr/content/communique-presse-du-31-mai-2021

Les petites galettes du père Matthieu

Chaque jeudi après-midi, frère Matthieu s’enferme dans la cuisine de Clerlande. C’est l’heure du pain eucharistique. Une bonne dose de farine, de l’eau, du sel et – n’en déplaise aux puristes – un peu de beurre : ce vieux frère aime les bonnes choses. 

Il pétrit, il remue, il malaxe. Je le regarde faire : j’aime penser qu’il dépose dans son pétrin les joies, les soucis et les espoirs de tous les gens qui passent ici....

Suite ici : 

https://ahp.li/33134fd392f1e9912994.pdf

Construire la fraternité (Lettre du diocèse d'Oran)

"Lettre Pastorale de Mgr JP Vesco, évêque d'Oran, à l'occasion de la 1ère Journée de la Fraternité Humaine", le 4 Février 2021.

A lire au lien ci-dessous : 

https://ahp.li/55ff8d504c3d81f557f4.pdf

Au sommaire : 

I) François, un chemin de fraternité :

Pourquoi ? / Des prémices / François, un kaïros dans la vie de notre Eglise.

II) Que disons-nous quand nous disons : fraternité ?

 Difficile fraternité / Une fraternité reçue et choisie / Et le Verbe s'est fait frère : du mystère de l'incarnation jusqu'au mystère de la Croix.

III) Des pistes pour relire la vie de notre Eglise.

Une Eglise fraternellet / Une Eglise citoyenne de l'Algérie et du monde /Une Eglise confessante, mais non prosélyte / Une Eglise de chrétiens et non-chrétiens

IV) La fraternité en actes : Construire la fraternité.

Le projet Diacona , Pierres vivantes / Caritas Algérie / Le nouveau projet : construire la fraternité

Conclusion

Une Eglise qui accueille et apprend à recevoir

Conseiller-maître à la Cour des comptes, président de l’office chrétien des personnes handicapées, fort de diverses expériences de la fragilité, notamment comme expert du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe, Emmanuel Belluteau vient de publier : “Dessine-moi une Eglise : Un état des lieux avant travaux ».

Il répond aux questions de « Promesse d’Eglise :

1) Dans sa Lettre au Peuple de Dieu, le pape François appelle à une transformation ecclésiale et sociale qui passe par un refus de toute forme de cléricalisme. Quel lien faites‑vous entre transformation ecclésiale et sociale ?

La question du cléricalisme se pose, pour la société et pour l’Eglise, dans des termes étonnamment similaires, mais avec aussi de fortes singularités.

On en trouve la trace dans toutes les sociétés humaines, qui n’échappent pas à un penchant irrépressible à des comportements de domination, d’accaparement ou de prééminence. Ce phénomène infantilise, exclut, étouffe les personnes, stérilise les initiatives et suscite beaucoup de frustrations.

Dans l’Eglise et dans la société, la solution est la même dans son principe : partager davantage l’information et les décisions, mieux organiser la participation des membres du groupe, consulter, associer, faire confiance. Avec en vue non seulement des motivations de reconnaissance mais surtout le souci de l’efficacité collective.

Cependant, les situations divergent en ce qui concerne la nature et les modalités de l’exercice des responsabilités. On attend légitimement des responsables de la société qu’ils exercent un pouvoir (de réglementation, de gouvernement, d’arbitrage, de commandement, etc.). Il s’agit pour eux de faire en sorte que les intérêts particuliers ne compromettent pas le respect de l’intérêt général. Dans l’Eglise, au contraire, pour laquelle l’objectif est le bien commun, celui de tous et de chacun en même temps, les relations ne devraient pas être de pouvoir mais d’autorité, au sens où il est dit que Jésus « enseignait avec autorité », c’est‑à-dire, si on se rapporte à l’étymologie, par une Parole qui fait croître. Ainsi conçue, l’autorité aide à grandir et libère, alors que le pouvoir – qui nourrit le cléricalisme – abaisse inévitablement et porte à l’abus du même nom.

C’est pourquoi l’enjeu n’est pas, dans l’Eglise, de transférer du pouvoir des clercs aux laïcs mais de dégager le plus possible l’Eglise des logiques de pouvoirs et contre‑pouvoirs. Dépasser le cléricalisme suppose dès lors de travailler à la meilleure implication possible de tous, les clercs au premier chef – si l’on peut dire ! – avec le souci d’un fonctionnement non pas démocratique mais fraternel.

2) Quels domaines ou quelles évolutions vous paraissent prioritaires aujourd’hui ?

Pour l’Eglise, deux séries de préoccupations, complémentaires, me paraissent constituer les priorités du moment.

La première est extérieure et il s’y attache un enjeu d’image. Nous devons davantage montrer le vrai visage de l’Eglise, celui des Béatitudes. Et manifester sa vocation à être présente aux côtés des hommes et des femmes de son temps, non pas pour leur faire la morale, mais pour les accompagner ; partager avec eux les joies et les peines ; donner du sens à ce qu’ils vivent et leur montrer, par l’exemple plutôt que par les mots, comment faire place à ce qui nous dépasse tous, établit la dignité singulière de chaque personne et nous réunit dans une commune fraternité : l’amour que le Père nous porte.

L’Église doit retrouver sa capacité originelle à dire ce qui est bon pour l’homme et le rend vraiment libre. Une Église qui accueille, qui donne (ce qu’elle a toujours su faire) et apprend à recevoir (ce qui lui a toujours été très difficile).

La seconde évolution qui s’impose est interne à nos communautés paroissiales et diocésaines, et elle porte un enjeu de fraternité et d’unité. Non pas cette forme d’unité qui consiste à nier les différences, à placer la multitude derrière l’étendard d’un seul, réputé plus inspiré, méritant ou légitime, mais une communion, faite de partage et de complémentarité, en vertu de laquelle tous sont appelés, chacun à sa place, à participer à la définition et à la réalisation de la mission. Il y a une urgence très grande à ce que nous apprenions à vivre entre nous une collégialité fraternelle authentique.

Pour répondre à ces impératifs, nous ne devons pas cesser d’inventer l’Eglise dont le monde a besoin, une Église qui donne envie et annonce la joie, qui témoigne et ose, qui proclame la Vérité et la fait, une Église qui sache non seulement exhorter mais aussi davantage remercier, féliciter, encourager et laver les pieds de ceux qu’elle accueille. Notre mode de communication descendant participe du décrochage qui s’accélère avec la majorité de nos contemporains. Plutôt que de nous limiter à leur adresser des messages, nous pourrions plus systématiquement commencer par les interroger sur leurs attentes et leurs besoins, leurs peurs et leurs espoirs, leurs doutes et leurs suggestions, et ouvrir avec eux un dialogue, un vrai dialogue.

3) Quels obstacles ou quels points de vigilance voyez-vous sur ce chemin de la transformation ?

Quand il se manifeste sur le chemin d’Emmaüs, Jésus se révèle à Cléophas et à un autre disciple, auquel l’Église nous invite à nous identifier. Trois caractéristiques mises en exergue par l’attitude de ces hommes pourraient bien être les conditions d’une transformation bien « équilibrée » de l’Eglise : ils sont en marche ; ils s’interrogent ; et ils échangent.

Il est urgent que nous réalisions que nous sommes tous, fraternellement avec les prêtres et les autres fidèles, à la fois comptables de ce que sera l’Église demain et, surtout, invités à ce que notre vie de foi, personnelle et communautaire, soit ce cheminement chaque jour prolongé et en recherche, et pas une réponse trouvée une fois pour toutes. Cela demande sûrement quelques ajustements dans l’organisation et le fonctionnement de l’Église universelle, de nos diocèses et de nos paroisses. Mais il en va avant tout de notre propre responsabilité et de notre crédibilité.

Il suffirait qu’une partie de ces « observateurs » que nous sommes et qui constituent le gros des troupes n’oublie pas de continuer de se lever, d’échanger et de s’interroger, comme Jésus y invite ses disciples, pour que les responsabilités se trouvent mieux partagées.

La transformation de l’Eglise doit aller au-delà de certaines habitudes que nous avons érigées en dogmes. C’est pourquoi, il faut procéder avec résolution mais délicatesse, à la fois rassurer et encourager. Les prêtres doivent être convaincus qu’ils n’ont rien à perdre (on ne devrait jamais raisonner en ces termes !) mais au contraire tout à gagner à pouvoir s’appuyer sur des communautés plus engagées et responsabilisées. Mais les paroissiens ordinaires que nous sommes tous doivent consentir à s’extraire de cette sorte de léthargie qui s’est emparée, reconnaissons-le, de beaucoup de nos assemblées. Une difficulté importante vient aussi de ce que nombre de catholiques pratiquants inscrivent encore leur rapport avec l’Église dans une logique de type hiérarchique, en vertu de laquelle les prêtres sont sacralisés et seuls détenteurs de l’autorité légitime.

4) Quel signe ou quelle expérience concrète vous fait dire que cette transformation est déjà en marche ou en tout cas possible ?

La plus grande chance de l’Église, c’est la diversité incroyable et féconde de ses membres.

Ce qui se vit dans les associations ou mouvements œuvrant auprès de personnes fragiles, malades ou handicapées est un exemple intéressant de la manière dont une communauté peut s’épanouir, sans qu’il y ait besoin d’un plan de bataille ou de mesures radicales. Bon nombre de ceux qu’on y rencontre font partie de ces fameux imparfaits, pauvres ou tout‑petits dont Jésus nous assure que le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. La plupart ont peu de capacités au regard des critères habituels de l’utilité, de l’efficacité ou de la performance, et généralement peu de facultés à participer à la vie ordinaire ; alors a fortiori à l’édification spirituelle de la collectivité ! Pourtant, contre toute logique, ce que nous partageons avec eux nous ramène malgré nous au cœur du message évangélique. Parce que nous sommes simplement réunis au nom du Christ, petits, imparfaits, blessés par des épreuves devant lesquelles nous sommes souvent impuissants et interrogatifs, nous faisons l’expérience vivante de cette fraternité authentique en vertu de laquelle ceux qui donnent sens à nos assemblées sont toujours les plus fragiles et les plus « incapables ». Une fraternité très banale et à la portée de tous, profondément spirituelle et en quête de sens, inventive, audacieuse et fidèle.

Si l’Église s’appliquait à redevenir le lieu privilégié de ce questionnement et de cette espérance, de cette fraternité pour les nuls, dans laquelle chacun compte sur chacun, il ne fait pas de doute qu’elle pourrait de nouveau – autrement qu’hier et aujourd’hui – être à la hauteur de sa vocation évangélique de briller aux yeux du monde et d’être le sel de la terre.

https://www.promessesdeglise.fr/emmanuel-belluteau-repond-au-questionnaire-de-promesses-deglise/

Au souffle de la créativité dans l’Église par Guy Aurenche.

Co-créateurs 

La Bible, l’Évangile en particulier, répètent : soyez créatifs !
Le Créateur, non pas fatigué mais heureux, se reposa le septième jour. Il se « retira » pour laisser de la place, nous incitant à être à notre tour co-créateurs. Moïse, le chef de file, ne mit pas les pieds sur la terre promise au peuple hébreu : il fallait imposer la séparation à la communauté pour qu’elle devienne créative à son tour.

Jésus concluait souvent ses rencontres par « Va ! », invitant chacun à quitter ses attaches et à développer sa créativité. Christ se retira du monde et imposa une curieuse absence–présence, pour nous laisser agir et construire l’incarnation de la confiance. L’Esprit de Pentecôte fit de disciples peureux, des marcheurs, des orateurs, des organisateurs.

Un humble « désordre » 

Le pape François, rencontrant des Français engagés pour l’écologie, affirmait : « Faites la révolution, faites du désordre. Le monde est sourd (j’ajoute : l’Église est sourde), il faut lui ouvrir les oreilles » (1). Il déclarait à une autre occasion : « L’Évangile est désordre parce que quand l’Esprit arrive, il fait du vacarme au point que l’action des apôtres semble être l’action de personnes ivres. La docilité à l’Esprit est révolutionnaire parce que la résurrection est révolutionnaire. Votre envoi doit lui aussi avoir ces caractéristiques révolutionnaires ».(2)

La capacité créatrice nous convie à l’humilité : le Souffle est un cadeau, l’appel à la co-création est confiance. Pas un privilège qui serait mérité du fait de nos capacités ou de nos certitudes novatrices.

Devant une œuvre d’art enfouie sous la terre et soudainement découverte, les juristes parlent « d’invention ». Le découvreur est un inventeur. Devenir créatif, c’est accepter « d’inventer », de bousculer certains ordres, non par plaisir mais pour provoquer dans toute institution, fut-elle ecclésiale, des fissures révélant les capacités d’amour et de vie, enfouies en chacun.

Nomade depuis trois mois, la communauté Saint-Merry Hors-Les-Murs fait l’expérience des failles, au cœur d’un bousculement radical. Comment, dans une démarche commune de refondation, laisser pénétrer ce que suggère le Souffle de la créativité ?

 

 

Cela impose de pratiquer entre nous « une pédagogie de l’autre ». De savoir aussi, en développant l’art de l’écoute et du débat, inventer des modalités pour la prise de décision qui permettront à la communauté d’avancer, d’oser un pas même si chaque pas est à la fois provisoire et essentiel.

La vie qui germe

Regardant autour de nous, célébrons ce qui fut inventé dans le monde et par l’Église, au service des plus fragiles, pour davantage de justice, de partage et d’amour. Nous ne célébrons jamais assez la vie qui germe en chaque individu et chaque communauté.
Tentons également de revisiter les lumières et les ombres de l’histoire du centre pastoral, non dans un esprit nostalgique. Encore moins pour régler des comptes, mais pour décaper l’institution de tout ce qui a pu alourdir sa démarche et lui faire perdre la simplicité « des chemins nouveaux pour l’Église » qu’il nous était demandé d’inventer en 1975… comme aujourd’hui en 2021.

Création, contextualisation

Nous avons voulu dire l’importance d’une assemblée participative dans la célébration. Pratiquer l’accueil de tous et toutes, tout spécialement des personnes « marginalisées » par certaines paroles de l’Église. Nous avons tenté de vivre la communion ecclésiale et la coresponsabilité dans l’animation du groupe. L’écoute de ce que disent l’art et la culture moderne au monde, a habité les murs de Saint-Merry. Le service des plus petits nous a invités à nouer de vrais partenariats. Sans oublier ces choix, mais aussi sans les répéter, comment être vraiment créatifs pour les incarner d’une manière nouvelle, aujourd’hui et demain, au service de l’Évangile ?
Chacun, tout en marchant à son pas, est invité à cheminer en communion. Non pas en uniformité mais dans un mouvement où le « goût de l’autre » (3) serait en harmonie avec le goût de soi.
Prophétisme et créativité font bon ménage s’ils se mettent radicalement au service de l’autre. S’ils savent le faire dans la joie ! Dans la sérénité que procure une confiance accueillie, tout simplement pour elle-même. En route, au souffle de la confiance qui fait de nous des créatifs !

Guy Aurenche17 mai 2021

1/ Discours du 15 mars 2021
2/ Discours à l’Action Catholique italienne, 30 avril 2021
3/ Elena Lasida, Ed Albin Michel

Un lieu d’Eglise aux quatre vents du monde

Le centre pastoral Saint Merry à Paris : Un lieu d’Eglise aux quatre vents du monde

 

Depuis plus de 40 ans, une grande métropole mondiale comme Paris aura pu bénéficier d’un lieu comme Saint-Merry, emblématique d’une présence forte dans le domaine culturel et artistique, l’innovation liturgique, l’accueil inconditionnel*. Beaucoup de réfugiés latino-américains, en particulier après le coup d’Etat militaire au Chili, y ont trouvé refuge dans les années 1970. Dom Helder Camara y était comme chez lui.  Il y a encore peu de temps, l’ancien aumônier de l’ANC d’Afrique du Sud, le Père Michael Lapsley, en visite en France, me demandait : « croyez que l’art que vous présentez ici contribue à l’annonce de l’Evangile ? ». La réponse est assurément affirmative : exposer les peintures de Maxime Kantor, discuter de la vision de la résurrection de l’évêque anglican John Shelby Spong ou de la question de la violence chez René Girard, des enjeux de l’encyclique Laudato Si ou des moyens d’une solidarité concrète avec le territoire palestinien de Gaza, voilà ce qui nourrit concrètement une réflexion de qualité sur les rapports entre foi et cultures à Saint Merry et contribue à son rayonnement international.

Certes, l’église bénéficie d’un patrimoine exceptionnel d’œuvres anciennes et contemporaines. Sa position  géographique privilégiée, juste à côté du Centre Pompidou, lui aura donné de conquérir de nombreux touristes. Elle bénéficie surtout d’un « capital de sympathie » de nombreux acteurs majeurs du secteur culturel et artistique. Ceux-ci aiment avoir des espaces « neutres » pour discuter des enjeux et des dynamiques qui les portent. Leurs convictions éthiques, spirituelles ou religieuses sont généralement très fortes. Souvent, ils ne sont pas liés à une religion ou un itinéraire déjà institutionnalisé dans une Eglise. Ainsi trouver un lieu source, un lieu d’écriture ou de relecture de leur pratique, parfois même un « tremplin », voilà le cœur de bien des rencontres au Centre pastoral Saint Merry depuis la fondation par le Père Xavier de Chalendar et un groupe de laïcs**  

Outre de grands événements comme la création d’une « nuit sacrée » (interreligieuse) ou la participation à la « nuit blanche » (artistique) à Paris, on ne dénombre plus les concerts, dans tous les registres, les expositions variées, qui ont drainé les jeunes talents ou les artistes plus confirmés devant des publics nombreux et enthousiastes. Qui sait le chemin que Dieu aura pu y faire dans le cœur de chacun ?

  Depuis plus de 40 ans, l’énumération complète des groupes et instances nés ou fortement soutenus par Saint Merry échappe à toute comptabilité : les « restos du cœur », l’association « les Morts de la rue », le Réseau chrétien immigrés, le Centre d’intelligence de la foi, les sessions de formation théologique de « l’Arc en Ciel » en sont en partie issues. A la fois « pépinière » et « incubateur », le Centre Pastoral aura su rester attentif à l’écologie et au développement durable, à l’importance du rôle des femmes dans la société, à l’éducation, la culture, le développement personnel et spirituel, l’ouverture aux autres, sans discrimination.

Après la pandémie, une chose apparait plus clairement : l’Eglise a besoin d’accompagner le changement de modèles sociétaux vers plus d’unité, de respect de l’humain et de considération pour l’environnement. Sa mission est de participer à l’émergence, la diffusion et la contribution à une nouvelle conscience individuelle et collective, planétaire.

On pourrait demander au plan chrétien ce qui oblige à un tel décentrement. La réponse est simple. L’intelligence de la foi a besoin de voir ce qui se cherche obscurément dans le mouvement général de la culture. En même temps, croyants et incroyants sont invités, dans un monde qui parait vouloir retrouver l’intelligibilité de la transcendance, à s’appuyer sur les fabuleuses ressources du christianisme.

Ainsi, la communauté pastorale Saint Merry n’aura pas simplement émis un jugement sur les transformations de la culture. Elle aura pris position, de façon concrète et profondément théologale. C’est à partir d’une compréhension du dynamisme de l’incarnation qu’il aura été possible, sans se disperser, de se mettre à l’écoute du monde, en particulier de ses formes culturelles les plus variées, pour qu’aucune d’elle ne soit perdue et participe et participe à cette « récapitulation dans le Christ » dont parle saint Paul. Certes, il n’y a pas de culture chrétienne sans tradition reconnue et attestée. Mais la culture ne se limite à une tradition lui permettant de tracer de façon défensive ses propres contours. L’Eglise a besoin de « ponts » plus que de « murs ». La société, dans laquelle elle s’inscrit aussi, l’invite en permanence à réajuster sa mémoire pour bien se trouver du côté de ceux qui ont le plus besoin d’elle.

Pour l’avoir fréquenté depuis les années 2000, je peux attester que la communauté Saint Merry aura été de nature à renouveler profondément la problématique de l’acte de foi, de son rapport à la parole révélante, à la Tradition, au langage théologique,  à l’existence chrétienne.  A bien des occasions, les personnes venues de tous les horizons ont pu y trouver ou y écouter l’expression de la foi chrétienne qui leur disait en vérité ce qu’elles étaient.

Comme figure inspiratrice de l’émancipation et de la mission, la Communauté est loin d’avoir dit son dernier mot. Au contraire, ses dernières péripéties, après sa fermeture en février 2021 et sa refondation sous l’appellation « saint Merry hors les murs » l’ont ouverte à des recherches nouvelles, en particulier dans le monde digital et les solidarités sociales et internationales, qui lui permettent de penser et de s’insérer chrétiennement dans le monde à venir avec audace et espérance***. 

Jean-François Petit, Institut Catholique de Paris,

17 mai 2021

* Ce texte est la version brêve d’un texte à paraitre dans la revue « Cuadernos de filosofia latinoamericana » (Bogota, Colombie)

** Cf J.-F. PETIT, « Xavier de Chalendar (1923-2015), un acteur majeur des transformations postconciliaires du croire à Paris », dans : C. COUTEL, O.ROTA (dir.), Se faire apôtre du XIXe siècle à nos jours, Parole et Silence, 2019, p. 317-328).

*** www.saintmerry-hors-les-murs

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Commentaires

23.04 | 14:58

Je vois que les conditions de travail se dégradent partout. Et le tourisme, les artistes, etc... La pandémie a fermé la bouche aux gilets jaunes... qui avai

...
16.04 | 16:27

Merci, Mireille : quel plaisir de recueillir une réaction à la lecture du site.

...
13.04 | 19:35

Magnifique méditation avec Marie, Art Symbole Musique.
C'est une mine!

...
27.02 | 10:56

Merci de votre remarque sur notre manque de vigilance : nous allons faire le nécessaire à l'avenir.

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