Actualités de l'Eglise

Réactions des lecteurs de La Croix. « Je me sens trahi »

 « Je me sens trahi » : les lecteurs de « La Croix » réagissent aux révélations des évêques sur les abus. le 10/11/2022  

Alors que les évêques sont rentrés de Lourdes, où ils ont révélé des affaires de violences sexuelles impliquant certains d’entre eux, La Croix a invité ses lecteurs à écrire au journal. Ils l’ont fait dans des proportions que nous n’imaginions pas : l’équivalent de 40 pages de messages a été reçu en à peine plus d’une journée.

Pour beaucoup, apprendre ces nouveaux faits a été un choc, d’autant plus grand qu’ils impliquent des évêques, dont un cardinal. « Le coup est rude, je me sens trahi », écrit Benoît. « Je suis perdue », explique une autre lectrice, devant ces « évêques qui protègent un des leurs et nous maintiennent dans l’ignorance par le mensonge ».« Il y a un an, j’étais abasourdie par les conclusions du rapport Sauvé. Mais aujourd’hui, que dire ? J’ai tout simplement un sentiment de honte ! », ajoute Marie.

« Faire le ménage »

« Alors que ça fait plusieurs années qu’on demande à l’Église de faire le ménage, on laisse partir un évêque à la retraite en taisant ses abus », ne décolère pas Adrien, 28 ans, à propos de Michel Santier. « Pourquoi les prélats Santier, Ricard, Laffont et tous les autres n’ont-ils pas refusé une mission, une nomination, une fonction, une charge pour laquelle leur comportement les discréditait totalement ? », s’interroge Colette, 75 ans.

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Sur la lettre de Mgr Ricard révélant qu’il s’est « conduit de façon répréhensible avec une jeune fille de 14 ans »lue par Mgr Éric de Moulins-Beaufort, beaucoup nuancent le « courage » dont aurait fait preuve le prélat en se dénonçant. « Avouer après trente et un ans, en ayant occupé les places les plus respectées dans l’Église, ce n’est pas du courage, c’est la peur de ne pas maîtriser son destin alors que le bateau prend l’eau», dénonce une abonnée de notre journal.

Colère, doute et soupçon

Sur les sanctions prononcées contre des évêques, Jean regrette que « l’attitude de l’Église (soit) tellement plus sévère dans d’autres circonstances, pour les personnes divorcées remariées notamment ». Ne pas les mentionner serait malhonnête : il reste aussi des catholiques pour minimiser certains faits pourtant répréhensibles pénalement. « Un baiser volé » n’est pas un abus sexuel, nous dit un lecteur. Pourtant, un tel acte commis par un homme sur une enfant de 13 ans, comme dans l’affaire Ricard, est bien puni par la loi.

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Pour un autre lecteur, Noël, avec la « colère et le doute » jaillit aussi « le soupçon ». Plusieurs partagent son avis. « Combien sont encore également dans ce cas dans l’épiscopat aujourd’hui ? », se demande Coco. Alors que la publication du rapport Sauvé avait provoqué en premier lieu une vive émotion, c’est souvent une colère dirigée contre les évêques qui ressort de ces messages. « Les évêques doivent admettre qu’ils ne sont pas propriétaires de l’Église et encore moins de nos consciences », exige Guy.

Démission des évêques

Un nombre important de messages évoquent même l’hypothèse d’une démission collective des évêques. Celle-ci serait « la seule solution pour redonner un peu confiance aux fidèles », selon un de nos lecteurs.

« Honnêtement qu'est-ce qui les empêche de présenter collectivement leurs démissions pour envoyer enfin le signe clair de leur impuissance, de leur incompétence ? », demande Emmanuelle, du diocèse de Versailles. « Quelle institution conserverait à sa tête des dirigeants qui se comportent comme nos évêques ? », renchérit Mary. Pour Noël, cela serait « un geste fort et symbolique, un geste qui dit la responsabilité de la collégialité épiscopale, mais aussi le bouleversement et la résolution ! »

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D’autres sont plus réservés sur cette question. Pour Vincent, cette démission « serait de bon aloi mais ne changerait rien à une institution ecclésiale qui marche à côté de ses pompes depuis trop longtemps ». « Quand bien même tous les évêques démissionneraient, où seraient les personnes pour les remplacer et remplir mieux leurs tâches ? », questionne un autre. Françoise aimerait de son côté qu’après les sanctions « nous n’oubliions pas le pardon ». « Tout péché mérite miséricorde », insiste Claude, qui a connu personnellement Mgr Santier.

« Il y a de belles exceptions »

Quelques lecteurs sont aussi inquiets pour les prêtres qui n’ont rien à voir avec de tels agissements. « Je pense aussi aux prêtres qui ont respecté leur engagement, et qui risquent d'être entraînés malgré eux dans cette tourmente », nous écrit Catherine, inquiète « des non-croyants pour qui ces faits sont la preuve que l'Église est bonne à “jeter aux chiens” ». Georges veut aussi souligner qu’il y a « de belles exceptions : des prêtres généreux, courageux, dévoués au service de l’Évangile et des plus faibles ».

De façon tout à fait spontanée, la majorité des messages adressés à La Croix contiennent des propositions de réforme. Pour Karine, 54 ans, « c'est le problème de la structure pyramidale » qu’il faut résoudre : « Religieux comme séculiers veulent monter sur la marche supérieure, se hausser au maximum, se distinguer, et pour cela sont prêts à faire silence sur tout ce qu'on voudra. » « Tout le fonctionnement de l’Église est à réformer », résume Isabelle.

« Où sont les femmes ? ! »

« L’évêque devrait prendre ses décisions dans une très grande collégialité constituée de femmes, d’hommes, de clercs ou de laïcs sans oublier les religieux, les religieuses », propose un abonné. Philippe suggère, lui, la mise en place de « mandats épiscopaux renouvelables ».

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La place des femmes est évoquée dans d’innombrables messages. « En regardant les images de l’Assemblée des évêques à Lourdes, j’ai été frappé par les plans TV sur l’assistance, exclusivement masculine. Le problème est bien là : où sont les femmes ? !» Éric est «certain qu’avec des femmes en responsabilités, nous n’en serions pas là ». Pour Maud, qui a demandé le baptême alors qu’elle était adulte, « la place des femmes dans l'Église est l’un des points centraux ».

« Une question théologique majeure »

La doctrine sur la sexualité est aussi évoquée par beaucoup de lecteurs. « La sexualité est vraiment un angle mort de notre Église, qui ne cesse d'édicter des interdits assez éloignés de ce que Jésus-Christ a enseigné », regrette Yves, 59 ans.

« Si la prêtrise est non réservée au sexe masculin et non réservée aux célibataires, on change de personnes dans leur profil, leur origine sociale, leur financement, leur psychologie. Ce ne sont plus du tout les mêmes candidats, ni les mêmes projets, ni la même pastorale, ni la même communication », soulève un autre. « C'est une question théologique majeure que seul un concile pourra trancher ! », souligne un lecteur.

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Selon Karine, malgré tous les obstacles à de telles réformes, « peu importe maintenant : les nouvelles générations de catholiques n'acceptent pas ce fonctionnement qui est condamné à disparaître ». En réaction à ces demandes de chamboulement qui reviennent de manière insistante, d’autres s’agacent, regrettant que certains « mélangent tout ».

« Juste envie de claquer la porte »

« Un grand ménage s’impose », nous écrit Frédérique : « S’il ne reste que 50 % des prêtres et des évêques, tant pis. Comme les premiers chrétiens, nous nous organiserons. » Comme elle, plusieurs lecteurs évoquent le besoin pour l’Église de revenir à une forme de simplicité associée à ces « premiers chrétiens ». «Lorsque Jésus marchait sur les routes de Palestine, il ne portait ni mitre, ni crosse, mais un simple manteau, des sandales et un bâton », veut rappeler une internaute.

Beaucoup, en très grande majorité des femmes, se posent frontalement la question de leur appartenance à l’Église catholique. « Plus assez d'énergie pour la colère… Juste envie de claquer la porte », nous écrit Judith. « Je ne sais même pas ce que je fais encore là aujourd’hui», explique Marie. Et Chantal d’évoquer son « désir de fuir cette Église criminelle et hypocrite ».

« Mon épouse en est à douter et à envisager de ne pas franchir les portes de l'église pour le jour où elle disparaîtra », nous raconte Michel, dont la femme a toujours été très engagée dans l’Église. Maud elle distingue sa colère « terrestre » de sa foi qui ne s’en trouve pas ébranlée. Mais elle partage l’exigence de la plupart des lecteurs, désormais convaincus, comme Anne-Marie, du « caractère systémique du mal qui ronge notre Église ».

À découvrir « Notre sidération montre que nous n’avons pas pris conscience de l’ampleur des violences sexuelles dans l’Église »

 

« Les évêques doivent reconnaître le besoin d’un changement en profondeur de la gouvernance de l’Église »

Promesses d’Eglise « Les évêques doivent reconnaître le besoin d’un changement en profondeur de la gouvernance de l’Église »

Plusieurs membres de Promesses d’Église réclament un changement urgent dans la gouvernance de l’institution, et la mise en place d’instances de dialogue avec l’ensemble des composantes du peuple de Dieu. le 28/10/2022

En novembre 2021, plusieurs membres de Promesses d’Église étaient invités à l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes. Un an après nous découvrons l’affaire qui concerne Mgr Santier. Après le rapport de la Ciase et les cérémonies pénitentielles et mémorielles qui avaient eu lieu à Lourdes, ainsi que les engagements qui y avaient été pris, nous recevons cette affaire avec tristesse, colère et lassitude. Certains la reçoivent comme une trahison et en appellent même à des démissions.

Si ce dossier soulève tant de colère et d’indignation parmi les catholiques, c’est d’abord à cause de la gravité des faits qui impliquent un dévoiement du sacrement de réconciliation. C’est ensuite et surtout en raison du silence qui a entouré les véritables raisons du départ anticipé de l’ancien évêque de Créteil. Un silence, dont il n’est même pas sûr qu’il ait été délibérément choisi par ceux qui étaient informés, mais qui a pu s’imposer comme une règle non écrite alors même que les évêques se sont engagés à faire toute la lumière sur les affaires d’abus.

Les victimes n’ont pas la première place

Une fois encore les victimes n’ont pas la première place dans l’Église. Car c’est d’abord pour elles que le silence est mortifère. Il n’est déjà pas facile de dénoncer les agissements d’un prêtre, c’est encore plus difficile de venir accuser un évêque ou un cardinal. Chaque fois, la publication d’une condamnation ou du lancement d’une enquête donne la force à d’autres victimes de venir témoigner. Cela s’est encore vérifié dans cette affaire où les victimes étaient majeures au moment des faits. Or nous constatons que les victimes majeures ont beaucoup de mal à se faire entendre et que leur souffrance n’est pas prise au sérieux.

Quelles qu’en soient les raisons, aujourd’hui, c’est ce silence et le mensonge qui font scandale. Comment avancer maintenant, alors que la confiance est mise à mal ? Comment sortir d’un réflexe où le silence s’impose, sauf exception, pour passer à une Église où la parole s’impose, sauf exception ? Dans sa Lettre au peuple de Dieu d’août 2018, le pape François demande non seulement à tout baptisé de se sentir « engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin », mais affirme également : « Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. » Cette participation est une priorité urgente. Et c’est exactement le sens de la synodalité que le pape François appelle instamment en initiant le Synode sur la synodalité.

Une réforme trop lointaine

Dans le cadre de la première phase du synode, de nombreuses suggestions ont été faites pour favoriser la coresponsabilité entre clercs et laïcs dans l’Église. Il a été relevé que les instances d’écoute et de dialogue font grandement défaut, de sorte qu’il n’y a pas de lieux qui permettent d’accueillir une pluralité de regards pour discerner ensemble. Cette ouverture à une pluralité de regards est exigeante, Promesses d’Église en fait couramment l’expérience, y compris dans l’élaboration de cette tribune qui a suscité débats et controverses. Mais nous témoignons qu’elle est moins un obstacle qu’une richesse, une liberté, et qu’elle favorise la crédibilité.

Aujourd’hui en France, alors que de telles circonstances vont sans doute, hélas, se reproduire, il n’est pas possible d’attendre la fin du Synode de la synodalité en 2024 ou une lointaine réforme du droit canonique pour agir. Nous avons besoin d’aller plus vite et plus loin.

Transformation

Les mouvements de Promesses d’Église sont eux-mêmes engagés dans cette transformation comme nous l’avons indiqué dans notre contribution synodale. Parmi nos propositions figurent notamment celles d’élaborer la parole publique de l’Église de façon synodale et polyphonique et de mettre en place, au niveau national, un cadre pour un dialogue et un travail permanent entre la Conférence des évêques (CEF), la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) et une représentation des laïcs.

Il faut que ces propositions soient entendues et prises au sérieux. Aussi nous demandons aux évêques de reconnaître le besoin d’un changement en profondeur de la gouvernance de l’institution en mettant en place un dialogue constructif avec l’ensemble des composantes du peuple de Dieu pour redonner des signes tangibles d’une volonté de « marcher ensemble ».

Signataires : Anne-Claire Bellay et Agnès Cerbelaud (Scouts et Guides de France), Dominique Rouyer et Bertrand Gournay (CCFD-Terre solidaire), Hervé Perrot (Secours catholique), Marie-Christine Rozier et Pascale Beaude (CVX), Amaury de Cherisey et Nicolas Truelle (Apprentis d’Auteuil), Dominique Quinio et Bernard Chenevez (Semaines sociales de France), Monique Baujard (Les amis de « La Vie »), membres de Promesses d’Église

Au Vatican, des laïcs responsables de dicastères ?

Cette question a été le thème principal de la rencontre du pape avec lescardinaux d'après le journal N.C.R.*

https://ahp.li/b5b6cac28467b68a0784.pdf

 Source : Le National Catholic Reporter (NCR)

*NCR est un journal hebdomadaire indépendant publié depuis 1964 par des laïcs, des religieuses et des prêtres de l'Église catholique romaine aux États-Unis. Sa circulation atteint tout le territoire américain ainsi que celui de quatre-vingt-seize autres pays sur tous les continents.

 

 

Tourner son regard vers le Seigneur sans tourner le dos au monde

Dans un discours aux membres de l’Association italienne des liturgistes, le pape François nous rappelle que la liturgie n’est pas « un objet de musée », mais un organisme vivant « qui regarde vers le ciel, sans pour autant tourner le dos au monde »...

Sur le site de St Merry hors les murs.

https://ahp.li/b5116ae0c7bd7dbb1565.pdf

L'enseignement de l' Eglise sur la dignité et la criminalisation de l'avaortement

L'enseignement de l'Église sur la dignité de la femme m'a fait changer d'avis sur la criminalisation del'avortement.

 Par David E. DeCosse

L'argument était imparable et se présentait comme suit : L'avortement est une violation de la loi morale universelle, sans exception, contre la prise directe de la vie innocente. Cette loi morale devrait être reflétée autant que possible dans le droit civil. Toute invocation d'un droit de violer une telle loi morale et civile est absurde. L'argument contre l'avortement légal est définitif quant au sens de la foi catholique.

Suite à lire ici :

https://ahp.li/a6d9bd738725bbca76b2.pdf

La France a besoin d'espérance

Mgr Jean-Marc Aveline, qui sera créé cardinal par le pape François le 27 août, préside le Pèlerinage nationalà Lourdes, organisé par la famille de l’Assomption jusqu’au mardi 16 août. Malgré les fortes crises quetraverse l’Église de France, l’archevêque de Marseille partage à
La Croix ses motifs d’espérance.

Suite à lire ici : https://ahp.li/935599190408b4d4a5a8.pdf

 

« Comment pourrions-nous avoir la prétention d’enfermer Dieu dans un rite ? »

In La Croix, Par Jacques Turck, le 25/7/2022 à 06h46

Dans cette réflexion autour du texte du pape François sur la liturgie, le père Jacques Turck rappelle qu’il nefaut pas considérer que la liturgie seule permettra d’annoncer l’Évangile et reprend de ce point de vue lesgrands enseignements du concile Vatican II.

 

https://ahp.li/9ee75ec649dca53e8cbd.pdf

 

L’extrême droite et les catholiques pratiquants

 « Le mal, dans l’extrême droite, c’est la célébration de l’inégalité »

In La Croix du 21 avril 2022.

Le sociologue Jean-Marie Donegani analyse la tentation extrémiste des catholiques pratiquants.

 

https://ahp.li/bc75b51dc77d0d71045e.pdf

 

Toutes apôtres

Marie-Madeleine par El Greco.

L’association Toutes Apôtres ! a pour objet principal d’agir pour faire advenir l’égalité de tou.te.s au sein des communautés et institutions religieuses, notamment de l’Église catholique romaine.

Un site : https://toutesapotres.fr/

A lire : 

« Toutes Apôtres ! » réclame unecommission indépendante sur la situationdes femmes dans l’Église. Article dans "La Croix"  au lien ci-dessous : 

https://ahp.li/3fd35894ef258b2a4342.pdf

Après le rapport de la CIASE

"Pour les membres de Transhumances, à la suite du rapport de la C.I.A.S.E. et du choc qu’il constitue, le silence s’est d’abord imposé devant tant de souffrances, devant l’abime de ces souffrances, devant tant de victimes engendrées… Comment cette violence a-t-elle pu prendre place, prendre toute cette place ? Et ceci au sein de l’Eglise chargée d’être messagère de l’Evangile, de la charité, de la Paix. Nous devons continuer d’écouter les victimes.

Nous voulons aussi maintenant travailler à empêcher la reproduction d’un tel désastre.

Nous allons nous saisir  des propositions de réflexions de la CIASE.

Et parmi celles-ci de la démarche de préparation du Synode.

Nous voulons faire nos propositions, car c’est

en transformant le fonctionnement de l’Eglise,

en étant plus fidèle à l'évangile,

en lui rendant une dynamique de fraternité, celle des premières communautés chrétiennes,

où chacun est disciple,

où règne l’écoute, la bienveillance à l’égard de tous, petits ou grands,

que nous pourrons éliminer les causes du mal notamment  en commençant par sortir du cléricalisme.

Afin que soit assuré pour chacune et chacun la capacité de grandir en humanité et dans sa foi.

 *****************************

 

Une Eglise qui accueille et apprend à recevoir

Conseiller-maître à la Cour des comptes, président de l’office chrétien des personnes handicapées, fort de diverses expériences de la fragilité, notamment comme expert du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe, Emmanuel Belluteau vient de publier : “Dessine-moi une Eglise : Un état des lieux avant travaux ».

Il répond aux questions de « Promesse d’Eglise :

1) Dans sa Lettre au Peuple de Dieu, le pape François appelle à une transformation ecclésiale et sociale qui passe par un refus de toute forme de cléricalisme. Quel lien faites‑vous entre transformation ecclésiale et sociale ?

La question du cléricalisme se pose, pour la société et pour l’Eglise, dans des termes étonnamment similaires, mais avec aussi de fortes singularités.

On en trouve la trace dans toutes les sociétés humaines, qui n’échappent pas à un penchant irrépressible à des comportements de domination, d’accaparement ou de prééminence. Ce phénomène infantilise, exclut, étouffe les personnes, stérilise les initiatives et suscite beaucoup de frustrations.

Dans l’Eglise et dans la société, la solution est la même dans son principe : partager davantage l’information et les décisions, mieux organiser la participation des membres du groupe, consulter, associer, faire confiance. Avec en vue non seulement des motivations de reconnaissance mais surtout le souci de l’efficacité collective.

Cependant, les situations divergent en ce qui concerne la nature et les modalités de l’exercice des responsabilités. On attend légitimement des responsables de la société qu’ils exercent un pouvoir (de réglementation, de gouvernement, d’arbitrage, de commandement, etc.). Il s’agit pour eux de faire en sorte que les intérêts particuliers ne compromettent pas le respect de l’intérêt général. Dans l’Eglise, au contraire, pour laquelle l’objectif est le bien commun, celui de tous et de chacun en même temps, les relations ne devraient pas être de pouvoir mais d’autorité, au sens où il est dit que Jésus « enseignait avec autorité », c’est‑à-dire, si on se rapporte à l’étymologie, par une Parole qui fait croître. Ainsi conçue, l’autorité aide à grandir et libère, alors que le pouvoir – qui nourrit le cléricalisme – abaisse inévitablement et porte à l’abus du même nom.

C’est pourquoi l’enjeu n’est pas, dans l’Eglise, de transférer du pouvoir des clercs aux laïcs mais de dégager le plus possible l’Eglise des logiques de pouvoirs et contre‑pouvoirs. Dépasser le cléricalisme suppose dès lors de travailler à la meilleure implication possible de tous, les clercs au premier chef – si l’on peut dire ! – avec le souci d’un fonctionnement non pas démocratique mais fraternel.

2) Quels domaines ou quelles évolutions vous paraissent prioritaires aujourd’hui ?

Pour l’Eglise, deux séries de préoccupations, complémentaires, me paraissent constituer les priorités du moment.

La première est extérieure et il s’y attache un enjeu d’image. Nous devons davantage montrer le vrai visage de l’Eglise, celui des Béatitudes. Et manifester sa vocation à être présente aux côtés des hommes et des femmes de son temps, non pas pour leur faire la morale, mais pour les accompagner ; partager avec eux les joies et les peines ; donner du sens à ce qu’ils vivent et leur montrer, par l’exemple plutôt que par les mots, comment faire place à ce qui nous dépasse tous, établit la dignité singulière de chaque personne et nous réunit dans une commune fraternité : l’amour que le Père nous porte.

L’Église doit retrouver sa capacité originelle à dire ce qui est bon pour l’homme et le rend vraiment libre. Une Église qui accueille, qui donne (ce qu’elle a toujours su faire) et apprend à recevoir (ce qui lui a toujours été très difficile).

La seconde évolution qui s’impose est interne à nos communautés paroissiales et diocésaines, et elle porte un enjeu de fraternité et d’unité. Non pas cette forme d’unité qui consiste à nier les différences, à placer la multitude derrière l’étendard d’un seul, réputé plus inspiré, méritant ou légitime, mais une communion, faite de partage et de complémentarité, en vertu de laquelle tous sont appelés, chacun à sa place, à participer à la définition et à la réalisation de la mission. Il y a une urgence très grande à ce que nous apprenions à vivre entre nous une collégialité fraternelle authentique.

Pour répondre à ces impératifs, nous ne devons pas cesser d’inventer l’Eglise dont le monde a besoin, une Église qui donne envie et annonce la joie, qui témoigne et ose, qui proclame la Vérité et la fait, une Église qui sache non seulement exhorter mais aussi davantage remercier, féliciter, encourager et laver les pieds de ceux qu’elle accueille. Notre mode de communication descendant participe du décrochage qui s’accélère avec la majorité de nos contemporains. Plutôt que de nous limiter à leur adresser des messages, nous pourrions plus systématiquement commencer par les interroger sur leurs attentes et leurs besoins, leurs peurs et leurs espoirs, leurs doutes et leurs suggestions, et ouvrir avec eux un dialogue, un vrai dialogue.

3) Quels obstacles ou quels points de vigilance voyez-vous sur ce chemin de la transformation ?

Quand il se manifeste sur le chemin d’Emmaüs, Jésus se révèle à Cléophas et à un autre disciple, auquel l’Église nous invite à nous identifier. Trois caractéristiques mises en exergue par l’attitude de ces hommes pourraient bien être les conditions d’une transformation bien « équilibrée » de l’Eglise : ils sont en marche ; ils s’interrogent ; et ils échangent.

Il est urgent que nous réalisions que nous sommes tous, fraternellement avec les prêtres et les autres fidèles, à la fois comptables de ce que sera l’Église demain et, surtout, invités à ce que notre vie de foi, personnelle et communautaire, soit ce cheminement chaque jour prolongé et en recherche, et pas une réponse trouvée une fois pour toutes. Cela demande sûrement quelques ajustements dans l’organisation et le fonctionnement de l’Église universelle, de nos diocèses et de nos paroisses. Mais il en va avant tout de notre propre responsabilité et de notre crédibilité.

Il suffirait qu’une partie de ces « observateurs » que nous sommes et qui constituent le gros des troupes n’oublie pas de continuer de se lever, d’échanger et de s’interroger, comme Jésus y invite ses disciples, pour que les responsabilités se trouvent mieux partagées.

La transformation de l’Eglise doit aller au-delà de certaines habitudes que nous avons érigées en dogmes. C’est pourquoi, il faut procéder avec résolution mais délicatesse, à la fois rassurer et encourager. Les prêtres doivent être convaincus qu’ils n’ont rien à perdre (on ne devrait jamais raisonner en ces termes !) mais au contraire tout à gagner à pouvoir s’appuyer sur des communautés plus engagées et responsabilisées. Mais les paroissiens ordinaires que nous sommes tous doivent consentir à s’extraire de cette sorte de léthargie qui s’est emparée, reconnaissons-le, de beaucoup de nos assemblées. Une difficulté importante vient aussi de ce que nombre de catholiques pratiquants inscrivent encore leur rapport avec l’Église dans une logique de type hiérarchique, en vertu de laquelle les prêtres sont sacralisés et seuls détenteurs de l’autorité légitime.

4) Quel signe ou quelle expérience concrète vous fait dire que cette transformation est déjà en marche ou en tout cas possible ?

La plus grande chance de l’Église, c’est la diversité incroyable et féconde de ses membres.

Ce qui se vit dans les associations ou mouvements œuvrant auprès de personnes fragiles, malades ou handicapées est un exemple intéressant de la manière dont une communauté peut s’épanouir, sans qu’il y ait besoin d’un plan de bataille ou de mesures radicales. Bon nombre de ceux qu’on y rencontre font partie de ces fameux imparfaits, pauvres ou tout‑petits dont Jésus nous assure que le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. La plupart ont peu de capacités au regard des critères habituels de l’utilité, de l’efficacité ou de la performance, et généralement peu de facultés à participer à la vie ordinaire ; alors a fortiori à l’édification spirituelle de la collectivité ! Pourtant, contre toute logique, ce que nous partageons avec eux nous ramène malgré nous au cœur du message évangélique. Parce que nous sommes simplement réunis au nom du Christ, petits, imparfaits, blessés par des épreuves devant lesquelles nous sommes souvent impuissants et interrogatifs, nous faisons l’expérience vivante de cette fraternité authentique en vertu de laquelle ceux qui donnent sens à nos assemblées sont toujours les plus fragiles et les plus « incapables ». Une fraternité très banale et à la portée de tous, profondément spirituelle et en quête de sens, inventive, audacieuse et fidèle.

Si l’Église s’appliquait à redevenir le lieu privilégié de ce questionnement et de cette espérance, de cette fraternité pour les nuls, dans laquelle chacun compte sur chacun, il ne fait pas de doute qu’elle pourrait de nouveau – autrement qu’hier et aujourd’hui – être à la hauteur de sa vocation évangélique de briller aux yeux du monde et d’être le sel de la terre.

https://www.promessesdeglise.fr/emmanuel-belluteau-repond-au-questionnaire-de-promesses-deglise/

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Commentaires

08.10 | 13:43

Verhelst «  quand je suis faible je suis fort «  Debout dans l’épreuve

...
08.10 | 13:41

Lire le témoignage très frappant et émouvant de Thierry Verhelst atteint de sla qui vit ce chemin de maladie et de dépendance comme un chemin de transcendance.

...
01.10 | 07:38

Le pire ,comme l'a dit Anne Sinclair à propos d'elle-même et de DSK ,c'est que ces affaires soient portées sur la place publique et hyper médiatisées

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22.08 | 07:09

Merci pour ces messages de l'été. Ils me rejoignent en Corrèze où je suis venue visiter ma sœur aînée 90 ans, veuve récemment...Noël 2021.

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