Actualité de l'agriculture dans les Bouches du Rhône

Procès TERRA FECUNDIS devant le Tribunal judiciaire de Marseille

Récit de Jean-Yves Constantin

"L’audience de ce procès s’est tenue du 17 au 22 Juin devant la 6ème chambre bis correctionnelle du Tribunal judiciaire de Marseille, et plus précisément devant la Juridiction Inter Régionale Spécialisée (JIRS).

Les juridictions interrégionales spécialisées (JIRS) regroupent des magistrats du parquet et de l’instruction possédant une expérience en matière de lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière dans des affaires présentant une grande complexité.

La JIRS a été saisi par l’Office central de lutte contre le travail illégal et a rassemblé des dossiers en provenance de différentes juridictions pour la période de prévention 2012-2015.

Les prévenus :...

Suite à lire ici :    https://ahp.li/2cd28dc0b87af41077af.pdf

 

 

 

Précisions concernant le procès de l'entreprise "Terra fecundis".

Commentaire de Jean-Yves (qui a été présent les 4 jours 1/2 du  procès) :

 Moment très intense, rempli de tensions, et aussi d'émotions. C'est un moment fort dans la défense des droits des salariés, et pas seulement des salariés détachés puisqu'il s'agit d'un modèle social qui est dénoncé dans ce procès. Il nous faut maintenant attendre le 8 Juillet pour savoir ce que décide le Tribunal. Ce délibéré est assez court, le Tribunal a dit qu'au vu des enjeux humains, sociaux, et économiques il était important pour lui de se prononcer rapidement.
Voilà donc le moment d'une étape. D'autres rendez-vous judiciaires sont déjà à l'agenda. Nous allons continuer. 
 

A lire : "Procès Terra Fecundis : « “Germinal” dans les exploitations agricoles »" in "Le Monde" du 22 mai 2021

 

https://ahp.li/4e4234f70cf677e6eff4.pdf

 

 

 

Travailleurs détachés de l'agriculture

Du 17 au 21 mai 2021 se tiendra à Marseille le plus grand procès de l’histoire du travail détaché dans l’agriculture française. Cette procédure fait suite à une enquête ayant duré plus de dix ans. Elle met en évidence l’exploitation, l’inégalité de traitement et les conditions indignes de travail et d’hébergement imposées aux détaché·e·s par les exploitations agricoles utilisatrices et l’entreprise de travail temporaire espagnole Terra Fecundis dans les régions Sud, Occitanie et Nouvelle-Aquitaine.

Chaque année entre 3000 et 5000 travailleur·se·s domicilié·e·s en Espagne sont acheminé·e·s par cette boîte d’intérim espagnole pour venir travailler dans près de 500 entreprises françaises de l’agro-alimentaire implantées dans 35 départements.

Ces salarié·e·s, principalement originaires d’Amérique du Sud et d’Afrique, sont envoyé·e·s pour une durée indéterminée en France sans contrat en poche et sans information sur leurs droits.

Suite de cet article à lire sur le site du Collectif de défense des travailleur·euse·s étranger·ère·s dans l’agriculture :

 http://www.codetras.org/

 

Evolution du travail en agriculture dans les Bouches du Rhône

En 10 - 20 ans, la conception de l'emploi agricole a changé : elle glisse vers une grande précarité et vulnérabilité des travailleurs agricoles. Preuve : le nombre de CDI est en baisse constante.

Pourtant le volume d'activité n'a pas diminué dans ce domaine de l’agriculture.

Avant, un même travailleur était employé en CDI pour s'occuper, par exemple, en arboriculture, de la taille l'hiver, de l'entretien des arbres au printemps, puis de la cueillette. Il y a toujours eu des saisonniers mais ils venaient augmenter la capacité de travail d'une exploitation au moment du pic de travail, par exemple la cueillette des fruits.

 Aujourd'hui, l'organisation du travail a changé.

Les exploitants séparent les tâches au long de l'année et, au lieu de les faire se suivre, il les sépare en « saisons ». A chacune de ces « saisons » est affecté un salarié en CDD. En un mot, il n'y a plus que des saisonniers : en gros, un par saison, justement ! et pour consolider cette précarisation sur une même exploitation plusieurs structures juridiques sont mises en place.

Ainsi, non seulement le salarié a un contrat de 4 mois (par exemple), mais, en plus, le renouvellement du contrat pour 4 autres mois de travail se fait sur une autre structure juridique, ceci même s’il continue son emploi sur le même poste de travail.

Un système qui rend les travailleurs vulnérables.

Ce nouveau système fait que les employés, jamais sûrs de demeurer sur une même exploitation, ont beaucoup de mal à s'organiser entre eux comme tout travailleur doit avoir la possibilité de le faire. Et si un problème se pose, comment mobiliser autour de soi si l'équipe est perpétuellement changeante ?

Chaque personne sait que si elle est repérée dans une contestation, dans un questionnement, vis-à-vis de l’’entreprise à la fin de son contrat elle n’aura pas de renouvellement. De même le salarié sait que s’il n’est pas repéré comme performant il n’aura pas de renouvellement de son contrat de travail. Ainsi les salariés sont mis en concurrence entre eux.

Cette manière de faire est à l’œuvre pour les salariés locaux, qui habitent ici à longueur d’année, ces personnes se voient proposer des contrats de travail de 4 mois. Elle est aussi à l’œuvre pour les salariés migrants. Le pire étant pour les salariés « détachés », eux, ils peuvent perdre leur travail d’une journée à l’autre.

Afin d’être sûr de ne voir aucune contestation, la délation est fortement conseillée. Si une personne ne dénonce pas et qu’il est évident qu’elle devait savoir, elle subit le même sort !

Des mesures gouvernementales qui favorisent ce système. 

Les employeurs se protègent ainsi d’actions qui pourraient être tentées contre eux devant les Prud’hommes. Mais ils sont aussi incités à cette pratique de contrats courts par un système de dégrèvement des cotisations sociales pour les contrats appelés « intermittents », c’est-à-dire pour les contrats de moins de 120 jours. Le gouvernement par ce type de mesure incite donc les employeurs dans leurs pratiques.

Ceci explique en très grande partie le fait que nombre de personnes ne veulent plus aller travailler en agriculture : salaires plus faibles que dans les autres secteurs d’activité, pas de perspective d’évolution professionnelle, précarité, parfois mangement dur, problèmes de logement, …

Jean-Yves Constantin

Le gel d'avril 2021 en viticulture et arboriculture dans les B du Rhône

Arbre à kiwi après le gel

Le gel a sévi fortement en ce début Avril. Comme toujours selon l’endroit le froid a été plus intense, et a duré plus longuement.

Il s’agit d’une gelée noire. La gelée blanche donne une couleur blanche le matin du fait de l’humidité. La gelée est dite noire car il n’y a pas d’humidité et après quelques heures les végétaux deviennent noirs. Souvent les gelées noires (de printemps) sont plus fortes, dans le cas présent jusqu’à -7 degrés.

Le gel a sévi sur plusieurs jours et par endroit les plantes se mettent en « attente ».

La vigne.

Dans les Bouches du Rhône, pour la vigne, il est trop tôt pour faire un bilan car on ne sait pas encore l'ampleur de l'atteinte. De plus les conséquences financières se feront sentir en 2022, voire en 2023, la commercialisation ne débute que lorsque les raisins seront récoltés, la vinification faite…

La caractéristique de la vigne est la présence de bourgeons latents à la base des « coursons » sélectionnés au moment de la taille. Ces bourgeons latents ne se développent pas en condition habituelle de végétation, mais s’il arrive un événement comme le gel, qui élimine les autres bourgeons, ils se réveillent. Souvent ils sont moins productifs. Donc pour le moment il faut attendre pour voir quelle réaction aura la vigne, même si nous savons déjà que les vignobles touchés sont nombreux.

Les autres cultures.

En arboriculture se sont les abricotiers, les cerisiers, qui ont le plus souffert sur les endroits les plus exposés. Les pêchers sont touchés plus ou moins selon les secteurs. Les poiriers semblent très touchés eux aussi, les pommiers sont touchés de façon différente selon les endroits et l’exposition.

Quelques cultures légumières ont, elles aussi, été prises par le gel. Mais ceci est un classique, les serres doivent protéger du froid, mais avec les serres « tunnels » la protection est plus aléatoire. Et l’enjeu est d’essayer d’arriver tôt sur le marché avec des « produits primeurs », ce qui est une prise de risques.

Il y a plusieurs manières de tenter de se protéger lorsque le froid arrive :

-        Couvrir avec un voile d’hivernage type « P17 ». Cela vaut pour les cultures légumières et permet de gagner plus ou moins 2 degrés.

-        Mettre des bougies. Le principe est de faire du feu pour tenter d’augmenter la température. Il est possible de gagner entre 1 et 3 degrés.

-        L’arrosage. Lorsque l’eau tombe elle gèle, un cocon de glace se met en place, le froid le plus intense se porte sur la partie extérieure de ce cocon de glace si l’eau continue de tomber. Il faut donc arroser jusqu’au dégel total. Ceci permet de gagner 3 à 4 degrés. C’est sans doute la méthode la plus efficace si on dispose d’une capacité d'arrosage suffisante.

-        Organiser un mouvement d’air. Cette technique est moins utilisée dans les régions planes mais plutôt lorsqu’il y a des effets de vallonnement.

Les assurances

Certains exploitants sont assurés, mais les assurances nécessitent un effort financier… Les contrats sont complexes. Et puisque seulement une partie des exploitations sont assurées (+/- 20% des surfaces dans les Bouches du Rhône) il n’y a pas « d’effet mutualisation » de groupe, ceci participe à rendre cette assurance récolte couteuse. 

Jean-Yves Constantin

 

La période de gel d'avril 2021 (in "Le Monde" du 14 avril 2021

Figuier après le gel

Un viticulteur de Gironde explique…

Au sommet de la petite commune viticole de Barsac (Gironde) s’étalent les 25 hectares de vigne aux 150 000 pieds du domaine DoisyDaëne. Le copropriétaire Jean-Jacques Dubourdieu constate, vendredi 9 avril, les dégâts du gel sur les millions de premiers bourgeons qui avaient entamé la phase d’éclosion. « Regardez, il n’y a même plus de vert. » Il siffle un coup sec. « Disparus. » A partir du mois d’avril et jusqu’aux saints de glace (du 11 au 13 mai), un vigneron ne dort pas tranquille, selon un dicton. Les nuits ont été particulièrement agitées début avril en raison d’un épisode de gel tardif qui a touché dix régions métropolitaines, l’un des pires épisodes de ces dernières décennies.

Mais, face à ces dégâts, « il n’est pas possible ni raisonnable de donner des estimations » officielles, selon M. Abadie, « c’est trop tôt ». Contrairement à 2017, « là, on peut espérer quelque chose », veut croire M. Dubourdieu. Le quadragénaire, qui travaille « depuis toujours » dans le vin, mise tout sur la deuxième manne. La manne, c’est quand le bourgeon fait une petite tige. Elle préfigure la grappe de raisin avant la floraison. Le gel n’a pas tué les pieds, il a grillé la première pousse fructifère des bourgeons. Ici à Barsac, les pieds taillés en portent chacun une dizaine. Plus de la moitié sont morts. Mais une deuxième pousse s’annonce. Si elle ne gèle pas à son tour, cette pousse assurera peut-être une demi-récolte à Doisy-Daëne, et « ce sera déjà bien », dit M. Dubourdieu. Charlotte Herzog (in "Le Monde" du 14 avril 2021)

  

Arboriculteurs et gel d'avril.

Les arboriculteurs ont eux aussi présenté leur cahier de doléances au ministre. Sachant que les abricotiers sont les plus touchés. Ils souhaitent un report des annuités bancaires sur cinq ans sans frais, un accès au PGE audelà de la date limite fixée à juin 2021, une prise en charge des cotisations sociales jusqu’à la récolte 2022 et une aide directe à la trésorerie. Ils militent en outre pour un relèvement des taux d’indemnisation de 20 %, et un versement d’une avance des indemnités avant l’achèvement des récoltes, dans le cadre des calamités agricoles.

Dès le 8 avril, M. Denormandie a déclenché le dispositif des calamités agricoles. Le surlendemain, le premier ministre, Jean Castex, promettait « des enveloppes exceptionnelles » et annonçait le déplafonnement

du régime d’indemnisation des calamités agricoles.

Mais seuls les arboriculteurs pourront en bénéficier. Non les viticulteurs, dont un tiers d’entre eux est assuré. […]  Laurence Girard (in "Le Monde" du 14 avril 2021)

* PGE prêts garantis par l’Etat.

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daubord | Réponse 23.04.2021 14:58

Je vois que les conditions de travail se dégradent partout. Et le tourisme, les artistes, etc... La pandémie a fermé la bouche aux gilets jaunes... qui avai

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Commentaires

23.04 | 14:58

Je vois que les conditions de travail se dégradent partout. Et le tourisme, les artistes, etc... La pandémie a fermé la bouche aux gilets jaunes... qui avai

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16.04 | 16:27

Merci, Mireille : quel plaisir de recueillir une réaction à la lecture du site.

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13.04 | 19:35

Magnifique méditation avec Marie, Art Symbole Musique.
C'est une mine!

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27.02 | 10:56

Merci de votre remarque sur notre manque de vigilance : nous allons faire le nécessaire à l'avenir.

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